La charge de la dette dépassera bientôt le déficit primaire de l’Etat

Par Bruno Mahieux, membre de la commission Numérique

Fin 2026, les intérêts de la dette atteindront 65 milliards d’Euros, soit 2,2 % du PIB, devenant ainsi le premier poste de dépenses de l’état.  C’est plus que le budget de l’Education Nationale, 63 milliards en 2026.   Pire, la charge de la dette dépassera bientôt le déficit primaire de l’Etat, c’est-à-dire la différence entre ses recettes et ses dépenses.

Une augmentation des impôts seule ne suffirait pas à résorber le déficit.  Elle serait insoutenable pour l’économie et inopérante pour réduire la charge de la dette.   Il est urgent de tailler dans les dépenses.  Encore faut-il dire lesquelles, et comment y parvenir.

La réforme des retraites au centre des débats

Les retraites sont souvent présentées comme le premier poste de dépenses de l’Etat.  Il est vrai que celles-ci pèsent lourdement dans nos finances publiques :  En 2026, le total des pensions de retraite avoisinera entre 380 et 400 milliards d’Euros. C’est 24 % des dépenses publiques, loin devant l’Education et la Défense.   Chacun comprendra que le sujet du financement des retraites soit sur la table lors des débats pour les élections présidentielles : Assurément, c’est un enjeu majeur pour rétablir l’équilibre de nos comptes.  Mais est-ce le seul ?

La fonction publique : un gisement d’économie immense

Tous les comptables le savent, il existe une autre façon d’analyser les flux de dépenses.  Non pas par destination, mais par nature.

En 2025, le personnel de la fonction publique représentait une dépense de 370 Milliards d’euros.  Soit presque autant que les dépenses de retraite, et bien plus que nos dépenses de santé, évaluées à 261 Mds € en 2024.   Ce n’est pas anodin !  Comment expliquer un tel montant ?

Selon la définition de l’OCDE, la France compte 6,3 millions d’agents public pour une population de 68,5 millions d’habitants, soit un ratio de 92 agents pour 1000 habitants.

En 2025, les agents de la fonction publique ont perçu en moyenne un revenu brut annuel de 39 288 € (chiffres INSEE DGAFP), ce qui se traduit par un coût total pour l’État de 58 079 € (soit 18 971 € de charges patronales).

Toujours selon l’OCDE, l’Allemagne disposait de 5,38 millions d’agents publics pour une population de 83,8 millions d’habitants.  C’est 63 agents de la fonction publique pour 1000 habitants.

Il faudrait environ 1,97 millions d’emplois publics en moins (30 % des effectifs !) pour atteindre un ratio comparable à celui de l’Allemagne.  Qui peut prétendre que l’Allemagne est moins bien administrée que la France ?

Si la France parvenait à réduire sa fonction publique de 1,97 millions d’agents, revenant ainsi au niveau de l’Allemagne en nombre d’agents par milliers d’habitant, ce serait un potentiel de baisse des dépenses d’environ 114 milliards chaque année !

Rares sont les candidats aux prochaines élections présidentielles proposant une réduction d’effectifs dans la fonction publique.  Pourtant, son efficacité est redoutable : A titre de comparaison, souvenons-nous que la dernière réforme des retraites portée par le gouvernement de Mme Borne aurait rapporté au mieux une dizaine de milliards d’Euros à l’horizon 2030, selon la cour des comptes.[1]

Un partenariat public-privé pour réduire la fonction publique

Le sujet est jugé trop sensible politiquement, car souvent assimilé à de la casse sociale. Pourtant, des solutions existent.

Imaginons un dispositif qui permettrait aux agents de la fonction publique de rejoindre des entreprises privées sur la base du volontariat.   Les entreprises prendraient en charge le salaire brut, l’état conservant les contributions employeur, préservant ainsi la protection sociale et la promesse de l’état vis-à-vis de ses agents.

Un tel dispositif, une sorte de partenariat public-privé, faciliterait la réduction du nombre d’agents de la fonction publique, tout en proposant aux entreprises françaises une main d’œuvre qualifiée.  Les agents de la fonction publique travaillent dans de nombreux corps de métiers en tension, pour lesquelles nos entreprises rencontrent des difficultés à recruter :  On y dénombre des emplois dans les domaines de la restauration, de l’informatique, des transports et de la maintenance.

C’est une solution gagnante pour toutes les parties prenantes :  pour l’État, qui verrait le poids de sa masse salariale réduite significativement, pour les entreprises qui se verraient proposer une main d’œuvre qualifiée, à un coût moindre, et pour l’agent, qui préserve ses avantages acquis en matière de protection sociale, tout en pouvant prétendre à des niveaux de salaire souvent plus numérateurs dans le privé que dans la fonction publique.

Reprenons l’exemple type de notre agent de la fonction publique percevant un revenu moyen brut annuel de 39 288 €, générant un coût total pour l’État de 58 079 € (dont 18 971 € de charges patronales)

Ainsi, chaque agent transféré dans le privé représenterait en moyenne une économie annuelle de 39 288 €. Dans l’hypothèse où 100 000 agents bénéficieraient chaque année de ce dispositif, ce serait 1 000 000 de fonctionnaires transférés dans le privé d’ici 2036 (Objectif raisonnable si l’on considère que cela ne réduirait que de moitié notre écart avec les ratios de l’Allemagne).  Une économie supplémentaire de près de 4 milliards chaque année, (100 000 * 39288 €), soit 40 Milliards annuel à un horizon de 10 ans.

Selon les données de France Travail, ce sont environ 3 millions d’offres d’emplois pourvues chaque année. Gageons que les entreprises ne se feront pas priées pour embaucher une main d’œuvre dont les charges patronales sont annulées.

Par le passé, des entreprises étatiques ont accompagné leurs salariés pour des projets personnels hors de l’entreprise.   Pourquoi ne pas reproduire ce type de dispositif pour nos agents de la fonction publique ?  Pour reprendre la formule du général Leclerc, « Ne me dites pas que c’est impossible » !

[1] Situation financière et perspectives du système de retraites février 2025 – Cour des Comptes