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Par Ramzi Aredi, adhérent du CRSI 

La sécurité intérieure française face aux radicalismes religieux, aux réseaux criminels et aux fractures identitaires constitue aujourd’hui l’un des défis les plus complexes de notre époque. Y répondre efficacement suppose de dépasser la seule logique répressive pour s’appuyer également sur les forces de cohésion sociale, culturelle et spirituelle capables de concurrencer les influences extrémistes.

Depuis plusieurs années, le débat public oppose souvent deux visions : d’un côté la nécessité légitime de protéger la population contre le terrorisme, les trafics et les dérives islamistes ; de l’autre la crainte d’une stigmatisation généralisée d’une partie de la population musulmane. Pourtant, cette opposition est largement artificielle.

Les premières victimes de l’islamisme, des trafics et de la criminalité organisée sont souvent les musulmans eux-mêmes. Dans de nombreux territoires, des familles musulmanes vivent quotidiennement sous la pression de groupes criminels, de logiques communautaires coercitives ou de prédicateurs radicaux qui prétendent parler au nom de l’islam. Beaucoup rejettent ces comportements mais se retrouvent enfermés dans une forme d’omerta sociale. La peur des représailles, l’isolement ou l’absence de relais institutionnels les conduisent souvent au silence.

Cette réalité est insuffisamment reconnue. Lorsqu’un habitant refuse les trafics, lorsqu’une mère refuse la radicalisation de son enfant ou lorsqu’un citoyen souhaite simplement vivre sa foi de manière paisible, il peut parfois se retrouver seul face à des structures informelles beaucoup plus organisées que lui. La République ne peut pas laisser ces citoyens seuls.

La réponse sécuritaire demeure indispensable. Police, justice, renseignement et lutte contre les réseaux criminels doivent continuer à être renforcés. Mais l’expérience démontre qu’une stratégie exclusivement répressive ne suffit pas à long terme. L’univers n’aime pas le vide. Lorsqu’un espace culturel, spirituel ou éducatif n’est pas structuré, d’autres influences finissent par l’occuper. Cette logique est observable dans tous les domaines : idéologiques, religieux, politiques ou criminels.

La question mérite donc d’être posée sereinement : quelles forces de stabilité peuvent contribuer à renforcer la résilience des populations face aux discours extrémistes ?

Dans son ouvrage Le Soufisme, cœur de l’Islam, Cheikh Khaled Bentounes décrit le soufisme comme une école de connaissance de soi, de responsabilité individuelle, de maîtrise des passions et de respect de la dignité humaine. Historiquement, de nombreuses confréries soufies ont joué un rôle d’encadrement social, éducatif et spirituel dans différentes régions du monde musulman.

Il ne s’agit évidemment pas de transformer une tradition spirituelle en outil politique ni de prétendre qu’elle constitue une réponse unique aux défis contemporains. Cependant, dans le cadre d’une réflexion sur l’organisation de l’islam de France, le soufisme présente plusieurs caractéristiques intéressantes : rejet de la violence politique, travail intérieur, transmission du savoir, discipline morale et ouverture au dialogue avec les autres traditions religieuses et philosophiques. L’objectif n’est pas de favoriser une religion contre une autre. Il est de permettre l’émergence de cadres capables de concurrencer les influences extrémistes sur le terrain humain, culturel et spirituel.

Interdire un voile, fermer une mosquée radicalisée ou dissoudre une organisation dangereuse peut parfois être nécessaire. Mais aucune société ne construit durablement la paix civile uniquement à travers l’interdiction. La sécurité se construit également par la présence de repères solides, de relais locaux crédibles et de figures capables de rassembler. La France possède aujourd’hui l’opportunité de soutenir toutes les forces de cohésion qui permettent de réduire l’influence des radicalismes : associations, éducateurs, responsables religieux, acteurs culturels, citoyens engagés et courants spirituels favorisant l’apaisement.

La lutte contre les extrémismes ne doit pas opposer les Français entre eux. Elle doit au contraire permettre de rassembler l’ensemble des citoyens quelles que soient leurs origines, leurs croyances ou leurs convictions, autour d’un objectif commun : protéger la paix civile, défendre la République et empêcher que les forces de division imposent leur loi à la majorité silencieuse.