Par Raphael Piastra, maitre de conférences en droit public
Nous avons à nouveau frôlé un drame, très récemment, contre un principal et deux de ses collaborateurs au collège Lakanal d’Aubagne. Un collégien de 14 ans s’est introduit avec un fusil de chasse et a fait feu faisant heureusement que des blessés. Interpellé, on a tout de même appris que le PNAT a été saisi du cas de ce jeune car il serait proche de la mouvance Crime Community (invention américaine) glorifiant les tueries de masse.
On pourrait multiplier les exemples de cette violence des jeunes notamment dans les établissements scolaires. Rappelons-nous le crime dans un collège de Sanary l’an passé. Cela devient totalement insupportable. Depuis quelques semaines la violence liée aux jeunes en France et dans le contexte actuel est marquée par une tension aiguë autour des manifestations et des blocages de lycées en octobre 2026, mêlant affrontements, questions d’ordre public et débats sur les causes structurelles.
La perception de la violence des jeunes dans l’opinion publique balance constamment entre une inquiétude profonde face à des faits divers très médiatisés et un débat polarisé sur les responsabilités (manque d’autorité parentale, défaillance des institutions ou violences systémiques).
Les parents sont le premier maillon de la chaine familiale et éducative. Et l’autorité y a une place essentielle. Trop de bonté dans les parents cause la perte des enfants (Charles Perrault). Le manque d’autorité ou la « démission des parents » est une raison massivement invoquée, en particulier par les générations les plus âgées (citée par plus de 65 % des 35 ans et plus). Comment un gamin de 14 ans peut-il partir à l’école avec un fusil de chasse et rentrer dans cette école ? Il était caché dans un étui à guitare. Donc c’était bel et bien prémédité.
Il faut espérer que la majorité des parents sont responsables. Selon l’Institut Elabe, pour les plus jeunes (18-24 ans), c’est avant tout l’exposition directe et continue à la violence via les réseaux sociaux qui explique le phénomène. Il n’y a plus de limites le vrai devient faux et inversement. Les addictions aux réseaux et jeux en tous genres se multiplient et font des ravages. La valeur de la vie est totalement « démonnaitisée ». La mort, la vie, il y a souvent de fâcheux mélanges de genre. Quand on voit des mineurs de 12 ou 13 ans devenir criminels pour quelques centaines d’euros, on se dit que le mal est très profond.
On pourrait aussi parler de ces jeunes décrocheurs. Le système éducatif est-il toujours en capacité d’intervenir, de les aider ? La scolarité jusqu’à 16 ans (imposée par VGE) a été une erreur majeure. En premier les instituteurs savent pertinemment quel jeune pourra poursuivre un cursus classique ou pas. Et cela fait des décennies que l’on a privilégié les études longues et scientifiques au détriment des vois manuelles et des Lettres. Il ne faut pas s’étonner que la France soit parmi les plus médiocres du classement Pisa….
La sévérité de la justice est aussi en cause. Une large part de la population, de manière homogène selon les âges, pointe du doigt un manque de sévérité de la réponse pénale face aux mineurs. C’est ce qu’on appelle le laxisme. L’expression « laxisme judiciaire » est fréquemment employée pour critiquer des peines jugées trop faibles ou l’usage répété de sursis. D’après une récente étude menée par l’Institut pour la Justice relayée par Le Figaro et le JDD, une part importante des peines de prison ferme prononcées font l’objet d’aménagements ou ne sont pas intégralement exécutées en raison de la surpopulation carcérale. Et les JAP s’en donnent souvent à cœur joie. Depuis les années 80 (Badinter) s’est développée une « culture de l’excuse » privilégiant systématiquement l’éducation et la réinsertion au détriment de la sanction et de la protection de la société. Et le Syndicat de la Magistrature, même s’il a perdu de son aura, est le principal coupable qui le prône et le met en action ouvertement. L’USM, plus modérée, estiment que les juges appliquent la loi (ça c’est leur travail originel) et font face à un manque chronique de moyens et à une surpopulation carcérale historique.
Arrêtons-nous un instant ici. Lorsqu’on fera le bilan des dix ans d’E. Macron, il y aura un maximum de points négatifs. Mais il y en a un qui sera à son actif, ce sera le budget justice. En 2024, le budget du ministère de la Justice a atteint le montant inédit de 10,1 milliards d’euros. Cela représente une augmentation de 5,3 % par rapport à 2023. La loi d’orientation et de programmation 2023-2027 du ministère de la Justice du 20 novembre 2023 pérennise les hausses de moyens pour renforcer le service public de la justice. « J’appartiens au gouvernement depuis 2017 et le budget de la justice a augmenté au cours de cette période de 4 milliards d’euros, pour avoisiner les 12 milliards d’euros aujourd’hui. » a déclaré S. Lecornu le 15/6/2026. Ironie du sort, sur les 3,2 milliards d’euros de crédits que le gouvernement s’apprête à geler pour faire face aux mesures de soutien liées à la crise au Moyen-Orient, afin de maintenir l’objectif d’un déficit à 5 % en 2026 – une mesure arbitrée avant la disparition de Lyhanna –, 414 millions concernent la justice. Chaque contribuable est en droit de se demander ce qui a été fait de cette manne budgétaire. Les cours d’appel en usent aussi à leur guise. En effet selon l’art. 15 de la déclaration de 1789 : « La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. » On demande beaucoup de comptes à la police via l’IGPN. On n’en demande quasiment pas aux juges couverts la plupart du temps par le CSM.
On assiste donc peu ou prou à une radicalisation ou à une « culture contestataire » de la jeunesse, perçue à travers le prisme des dégradations ou des affrontements. La casse qui s’est déroulée dans les rues depuis trois semaines équivaut à environ 30 millions d’euros selon les estimations communiquées par les régions au ministère de l’Éducation nationale. Et cela va voir doublé a minima avec les émeutes pures et dures qui ont eu lieu le 17 octobre. De nombreux jeunes y étaient et pas tous comme de simples manifestants. Loin s’en faut. L’état de droit vacille incontestablement. Il tient essentiellement grâce aux forces de l’ordre qui ne sont même pas respectées par leur hiérarchie (jusqu’au plus haut sommet de l’Etat). Elles pourraient montrer bientôt des signes de lassitude.
Alors qui va payer ? D’abord ce sont les assurances et les collectivités territoriales qui paieront l’essentiel. Lorsque les premières paient beaucoup trop, elles impactent leurs tarifs sur tous les assurés. Sur les collectivités leur budget est amplement nourri par les taxes et impôts locaux. Certains parents ne s’en rendent même pas compte qui accompagnent ou soutiennent des mouvements où se passe de la casse….. L’addition sera donc encore pour le citoyen assuré et/ou le contribuable. Certaines régions, comme la région Auvergne-Rhône-Alpes (où on chiffre plus de quinze millions d’euros de dégâts dans les lycées), ont annoncé la suspension de leurs aides régionales destinées aux lycéens identifiés et à leurs familles. Bonne mesure mais sera-t-elle suivie d’effet ? De son côté Mme Pécresse (présidente de la région Ile-de-France) a fait estimer la casse à 9 millions d’euros et envoyé la note à B. Bagayoko, maire de St Denis. Il est vrai que celui-ci a ouvertement et physiquement incité à la casse. A tel point que Patrice Faure, préfet de police de Paris, a saisi la justice contre lui par signalement pour « des faits présumés de provocation à commettre un délit » dans le cadre du mouvement de blocage des lycées.
Alors que faire face à cette violence des jeunes ? Il conviendrait de supprimer les CER et CEF qui n’aboutissent pas le plus souvent à remettre à flots des jeunes délinquants voire criminels. Une seule catégorie d’établissement : des Centre de Rééducation (ou Réinsertion) Citoyenne. On y classifierait les jeunes selon la gravité des faits (délit, primo criminel), en catégories d’âges (12-14 et 15-17 par ex) et en bâtiments séparés (non mixtes bien sûr). Pour reprendre une proposition de Ségolène Royal, on peut y imaginer aussi « un encadrement militaire » des jeunes. Ce qui ne serait pas exclusif aussi d’un accompagnement social. Mais le plus important serait de « recadrer » autant que faire ce peut ces jeunes à la dérive. Ainsi apprendre à se lever tôt, ne pas se coucher tard, manger à heures régulières, étudier, travailler, faire du sport, ….. Du basique en quelque sorte. Voir la famille avec parcimonie. Vivre en société comme des gens « normaux » en quelque sorte. Se défaire de ses mauvaises habitudes, de ses addictions,….
