L’évolution de la corpulence des Français met-elle en jeu leur santé et notre système de protection sociale ?

Par Aurore et Stéphane, membres de la commission Santé

Projet Plan FORME, note 3

La note précédente montrait que notre population vieillit, facteur sur lequel nous ne pouvons pas agir directement. Néanmoins, la pratique de l’exercice physique, une alimentation adaptée et la conservation des liens sociaux peuvent limiter les conséquences de ce vieillissement. Cette note montre qu’une partie importante de notre population souffre de problèmes de poids, et sur ce point nous pouvons, et nous devons, agir…

Ne pas se résumer à un nombre

L’IMC, ou indice de masse corporelle, est un moyen simple de situer son poids par rapport à une moyenne [1]. Pour le calculer, il faut diviser son poids exprimé en kilogramme par sa taille (en mètre) élevée au carré : IMC (kg/m2) = poids (kg) / taille (m) x taille (m).

Un IMC entre 18,5 et 25 kg/m2 indique un poids optimum. Des IMC compris entre 25 et 30 kg/m2 vous classent en surpoids, et au-dessus de 30 kg/m2 vous souffrez d’obésité (trois stades sont décrits). A l’opposé, le sous-poids est associé à des IMC inférieurs à 18,5 kg/m2. Les cas d’anorexie mentale sont associés à des sous-poids allant de 17 à 15 kg/m2 notamment pour les stades les plus graves.

Cependant la pesée et l’IMC ne sont pas des critères suffisants pour aborder les problématiques médicales liées au poids. Il faut également regarder à quoi correspond cette masse, est-elle grasse ou maigre ? A volume égal, le muscle pèse plus lourd que la graisse. Il faut aussi évaluer la répartition de cette masse grasse sur le corps, est-elle abdominale ou pas ? Les conséquences peuvent être très différentes pour la santé de la personne. Les consultations de nutrition ne sont malheureusement pas toujours proposées sur l’ensemble du territoire.

Une population qui grandit

capture d’écran 2026 10 07 à 10.15.48

Depuis 1970, la population française prend environ 1 cm tous les dix ans, cf. tableau 1. Malheureusement cette augmentation de taille s’accompagne aussi d’une prise de poids, plus marquée depuis le début des années 1990 et qui touche toutes les classes d’âge, preuve que le vieillissement n’est pas seulement en cause [2]. Les femmes en sous-poids représentaient 8,5 % de la population des 18-65 ans en 1981, ce chiffre est tombé à 6,7 % en 2003.

Une population qui grossit

Le surpoids et l’obésité se définissent comme une accumulation anormale ou excessive de graisse et sont considérés comme des facteurs de risque majeurs pour de nombreuses maladies non transmissibles telles que le diabète de type II, les maladies cardiovasculaires, les maladies métaboliques, les problèmes articulaires et certains cancers [3]. Une méta-analyse récente de juin 2026 [4] pointe l’association d’un IMC élevé à un risque accru de 19 cancers, suggérant que l’adiposité de la personne peut être un facteur de risque pour certains cancers.

L’Inserm* réalise depuis 1997 et jusqu’à 2012 des enquêtes (Obépi-Roche) pour estimer la prévalence du surpoids et de l’obésité en France. Ces enquêtes ont été poursuivies par la Ligue contre l’obésité en 2020 et 2024, le graphique 1 montre la nette progression de l’obésité en France qui a plus que doublé depuis 1997. L’enquête de 2024 fait apparaître, par exemple, que 36 % des personnes souffrant d’obésité sont traités ou ont été traités pour de l’hypertension artérielle, 20 % pour de l’arthrose ou de l’apnée du sommeil.

L’obésité doit être considéré comme un problème de santé publique majeur et sa prévention comme une priorité nationale.
capture d’écran 2026 10 07 à 10.17.15

A retenir pour la France

  • 18 % des adultes sont en situation d’obésité en 2024, soit environ 10 millions de personnes.Les écarts varient selon la catégorie socio-professionnelle (21 % chez les ouvriers, 13 % chez les cadres) et les revenus du foyer (25 % dans les foyers ayant des difficultés économiques, 14 % dans les foyers plus aisés).
  • Environ 31 % des adultes sont en surpoids, un taux resté quasi stable depuis 20 ans.
  • 48,8 % des adultes de la Métropole sont concernés par un excès de poids (surpoids + obésité), et 51,8 % pour les habitants des DROM-COM**.
  • En quarante ans, précisément entre 1981 et 2024, le nombre de personnes obèses en France a été multiplié par plus de trois, passant de 5,3 % à 17,9 %.
  • Un décès sur 5 est lié à l’alimentation selon le cinquième et dernier Plan national nutrition santé ou PNNS 5 (2026-2030) !

Les problèmes de poids des Français les prédisposent à des affections chroniques et invalidantes dont le coût ne cesse de croître pour la collectivité. En 2023, selon la CNAM***, 25 millions de patients, souffrant de problèmes de poids ou non, ont été traités pour une maladie chronique, soit 37 % de la population française. Les remboursements de leurs soins représentent 62 % des 202 milliards de dépenses de santé remboursées cette année-là. Les projections de la CNAM évaluent à 3 à 6 % de patients supplémentaires touchés par une maladie chronique en 2035.

Le groupe santé du CRSI proposera un plan de prévention global de santé, le plan FORME, car faire attention à son poids, c’est prendre soin de soi. C’est aussi prendre soin de son système de santé, donc de son pays.

Les pistes de solutions sont :

  • Augmenter les données sur le sujet. Les enquêtes sont parfois réalisées par téléphone, certaines sont face à face, mais pas toutes. Pour avoir une meilleure estimation de la situation pondérale des français et apprécier l’évolution de la prévalence de l’obésité sur une longue période en France, les médecins pourraient renseigner, de manière anonymisée, une base de données publique réservée exclusivement aux chercheurs en nutrition.
  • Donner des moyens supplémentaires aux chercheurs notamment en nutrition, en endocrinologie, etc. Comprendre mieux la perte ou la prise de poids d’un individu est fondamental pour agir de manière plus ciblée.
  • Informer de manière plus efficace les risques liés à la malnutrition.
  • Augmenter l’accessibilité à des consultations de nutrition sur l’ensemble du territoire français.
  • Analyser les échecs de la politique de santé effectuée jusqu’ici et revoir les plans de prévention de l’obésité mis en place. Le second Programme national nutrition santé ou PNNS 2 (2006-2010) avait fait de la lutte contre l’obésité un enjeu essentiel des politiques de santé publique. Le PNNS 4 (2019-2023) visait comme objectif : « Mieux prendre en charge les personnes en surpoids, dénutries ou atteintes de maladies chroniques » [5]. L’objectif 16 était de dépister et de prendre en charge des personnes souffrant d’obésité. Les résultats ne sont pas au rendez-vous, l’obésité continue de progresser comme le montrent le graphique 1.
  • Inclure pendant le congé maternité, dans la partie qui situe avant la naissance de l’enfant, des cours d’alimentation. Durant cette période, la femme est plus réceptive aux conseils en matière de nutrition pour elle et pour son enfant. Ces cours seraient dispensés en présentiel ou en distanciel si besoin. Ils pourraient être également dispensés aux pères lors de leur congé de paternité.
  • Offrir une consultation de nutrition pédiatrique dès que la courbe de croissance de l’enfant montre un risque de surpoids et assurer le suivi de la famille au long cours. La plupart des enfants ont un suivi régulier chez le médecin ou le pédiatre pendant leur croissance, le renvoi vers un nutritionniste doit être automatique dès les premiers signes de surpoids.
  • Proposer une consultation de nutrition spécifique dédiée à la femme en préménopause pour limiter le risque de prise de poids à cette période de bouleversements hormonaux. Cela concerne la moitié de la population des 40 – 50 ans.

* Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.

** DROM-COM : Départements et Régions d’Outre-Mer / Collectivités d’Outre-Mer.

*** CNAM : Caisse nationale d’assurance maladie.

Sources :

  1. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2009-09/table_imc_230909.pdf
  2. https://shs.hal.science/halshs-00278898v1
  3. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/les-dossiers-de-la-drees/240717_DD-Surpoids-Obesité
  4. 4.https://www.nature.com/articles/s42255-026-01542-8
  5. https://www.reseau-national-nutrition-sante.fr/fr/orientations-du-pnns-4.html