Projet Plan FORME, note 2

Stéphane, Aurore, membres de la commission Santé

La prévention médicale vise à maintenir chaque citoyen en bonne santé et le plus longtemps possible. Or, notre pays voit sa population vieillir. Les futurs programmes politiques pour l’élection présidentielle de 2027 prendront-ils en compte cette situation ? Afficheront-ils des propositions telles que conservons notre forme ou bien soyez acteur de votre santé ?

Au 1er janvier 2024, la France comptait environ 68 millions d’habitants. Les personnes âgées de 75 ans et plus représentent près de 10 % de la population française, soit une augmentation de 19 % entre 2014 et 2024 (France métropolitaine et Départements et Régions d’Outre-Mer). Celles de 90 ans et plus représentent 1,4 % de la population française (1).

31 000 centenaires vivaient en France en 2024, soit trente fois plus qu’il y a 50 ans.

Vivre vieux

L’espérance de vie à la naissance représente la durée de vie moyenne d’une génération fictive soumise aux conditions de mortalité par âge de l’année considérée (2). En 2025, cet indicateur annonçait 85,9 ansd’espérance de vie à la naissance pour les femmes, contre 80,4 ans pour les hommes, soit un écart de 5,5 ans. L’espérance de vie à la naissance s’est allongée d’environ 30 ans en France depuis les années 1920, pour les deux sexes, cf. graphique 1, elle est notamment liée à la diminution de la mortalité infantile.

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Il y a une autre façon d’aborder l’espérance de vie : donner une espérance de vie à un âge donné. L’espérance de vie des Français à 65 ans a augmenté entre 1996 et 2025, cf. tableau 1.

On distingue donc d’une part l’espérance d’une femme née en 2025, elle peut espérer vivre jusqu’à 85,9 ans et d’une femme de 65 ans en 2025 qui peut espérer vivre encore 23,6 ans.

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L’espérance de vie en bonne santé est la durée de vie moyenne en bonne santé – c’est-à-dire sans limitation irréversible d’activité dans la vie quotidienne ni incapacités – d’une génération fictive soumise aux conditions de mortalité et de morbidité de l’année. Elle caractérise la mortalité et la morbidité indépendamment de la structure par âge (4). On parle aussi d’espérance de vie sans incapacité.

  • Depuis 2008, les femmes, à la naissance, ont gagné 1,3 an d’espérance de vie totale, mais perdu 5 mois d’espérance de vie sans incapacité.
  • Depuis 2008, les hommes, à la naissance, ont gagné 2,4 ans d’espérance de vie totale, mais seulement 1 an sans incapacité.

 

capture d’écran 2026 09 29 à 11.42.31On peut donc vivre longtemps, mais pas forcément en bonne santé ou sans incapacité, cf. graphique 2. L’objectif du plan FORME proposé par la commission santé du CRSI est d’allonger au maximum l’espérance de vie en bonne santé par l’adoption de mesures simples et pragmatiques afin que l’écart entre les deux indicateurs se réduise au maximum cf. tableau 2.

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« L’espérance de vie à 65 ans en 2024 était, pour les femmes, de 11,8 ans sans incapacité et 18,5 ans sans incapacité forte (handicap), et pour les hommes 10,5 ans sans incapacité et 15,8 ans sans incapacité forte. Depuis 2008, l’espérance de vie à 65 ans sans incapacité a progressé de 1 an et 9 mois pour les femmes et pour les hommes. L’essentiel de cette hausse a eu lieu entre 2008 et 2019 (6). »

Comparaison avec nos voisins

Selon les sources Eurostat (cf. tableau 3), en 2024, les Français ont moins d’années de vie en bonne santé à la naissance que la moyenne des habitants des 27 pays européens, 10 ans de moins que les Italiens.

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En France, depuis 2008, les données officielles confirment que l’on vit plus longtemps, mais pas forcément en meilleure santé. L’âge d’apparition des maladies chroniques recule plus lentement que celui de la mortalité. Chez les hommes, la progression de l’espérance de vie sans incapacité reste toutefois plus rapide que chez les femmes, réduisant l’écart entre les deux sexes sur cet indicateur.

Résumons

Depuis un siècle, l’espérance de vie à la naissance a considérablement progressé en France, passant d’environ 51 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes dans les années 1920 à respectivement 80,4 et 85,9 ans en 2025. En revanche, l’espérance de vie « en bonne santé » (sans incapacité) stagne, voire recule légèrement pour les femmes : les années de vie supplémentaires gagnées sont de plus en plus des années vécues avec une maladie chronique ou une incapacité.

 

S’inspirer d’Okinawa

Le Japon est très certainement le pays qui a le plus de centenaires en bonne forme. Le professeur de santé publique Craig Willcox (8) étudie ce phénomène depuis près de cinquante ans. Trois facteurs principaux sont mis en avant pour expliquer la bonne forme des personnes très âgées habitant sur l’île d’Okinawa : le régime alimentaire, les pratiques sociales et les facteurs génétiques. Leur alimentation est notamment basée sur une grande quantité de légumes et de fruits, plus de poisson que de viande, la patate douce plutôt que le riz. Ce régime est plus pauvre en calories que le nôtre.

D’où l’enjeu majeur de mettre en place un Plan FORME qui axera les solutions sur la pratique de l’exercice physique, et notamment du renforcement musculaire, et sur la promotion d’une alimentation adaptée pour limiter les conséquences de ce vieillissement. Il est aussi parfaitement envisageable d’adapter les pratiques sociales suivies par les Japonais au modèle français. Garder des liens sociaux et mettre l’accent sur l’entraide est réalisable et souhaitable. Nos aînés doivent continuer le plus possible une activité, au besoin même lucrative pour compléter leurs revenus comme cela se fait à Okinawa. L’espérance de vie en bonne santé varie en France selon les régions et les départements, il faut utiliser au maximum les données disponibles de nos institutions (par exemple : INSEE*, DREES**) et les résultats de nos chercheurs (9,10,11) pour dégager les pratiques locales qui expliquent ces différences et les développer au besoin.

Pistes de solutions adaptées à la France hexagonale :

  • Promouvoir de manière plus accentuée le régime alimentaire méditerranéen ou crétois (variante) qui a prouvé sa valeur pour améliorer l’espérance de vie en bonne santé, grâce notamment à ses effets protecteurs sur le système cardiovasculaire et sur la prévention de certains cancers (12). Cette alimentation riche en légumes, fruits frais et secs, céréales complètes, légumineuses, huile d’olive, fromage de chèvre ou de brebis (crétois) et en petits poissons gras serait même protectrice de la maladie d’Alzheimer. Il y a de nombreux avantages à ce régime alimentaire :
    • Simplicité de la cuisine qui ne nécessite pas de compétences particulières.
    • Régime avec des plats variés qui peut convenir à tous les goûts.
    • Les aliments inclus peuvent provenir de circuits courts français qui favorisent notre agriculture et limitent l’empreinte carbone liée au transport des produits.
  • Promouvoir des lieux d’échange pour les personnes âgées en centre-ville pour réduire leur isolement, prévenir les troubles cognitifs. La solitude tue aussi ! (13). Les commerces de proximité sont très nombreux à être fermés et dans toutes les villes, petites et grandes. Les mairies gagneraient à ouvrir un lieu, central, proche des transports en commun, et qui comporterait trois espaces:
    • Un pour donner des cours, conférences, conseils, etc. aux personnes âgées, dans le but non seulement d’être informées ou diverties, mais aussi de maintenir leurs capacités cognitives par l’apprentissage de nouvelles choses.
    • Un deuxième pour que ces personnes âgées donnent des cours de soutien, des conseils de vie aux plus jeunes notamment (but lucratif possible). Nos aînés ont acquis des sommes de connaissances et d’expériences dont chacun pourrait profiter en allant les consulter dans ce lieu !
    • Un dernier espace destiné à la convivialité, muni d’un four à micro-ondes, pour tisser des liens autour d’un repas, préparé à l’avance, mais pris en commun. Un espace de discussion, un espace de jeux (de société, de cartes, etc.), de travaux manuels (tricot, couture, etc.).
  • Les propositions pour améliorer l’exercice physique seront traitées dans des notes ultérieurement.

 

* INSEE : Institut national de la statistique et des études économiques.

** DREES : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

SOURCES

  1. https://www.parlons-fin-de-vie.fr/wp-content/uploads/2026/07/atlas-2026-bat.pdf
  2. https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1374
  3. https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres-graphiques-tableaux/mortalite-en-france-en-chiffres-esperances-vie – esperance-de-vie-femme-homme
  4. https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c2017
  5. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3281641?sommaire=3281778
  6. https://www.vie-publique.fr/en-bref/296722-esperance-de-vie-en-bonne-sante-65-ans-les-derniers-chiffres
  7. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/sdg_03_11/default/table?lang=fr
  8. https://www.nationalgeographic.fr/voyage/bien-veillir-zones-bleues-okinawa-lile-ou-lon-vit-centenaire
  9. https://shs.cairn.info/revue-regards-2023-1-page-43?lang=fr
  10. https://shs.cairn.info/revue-population-2021-2-page-225?lang=fr
  11. https://shs.cairn.info/atlas-mondial-des-femmes–9782080435859-page-14?lang=fr

12.https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01732335

  1. https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/la-solitude-tue-prematurement_175015