La question de la disponibilité des moyens aériens revient chaque année
Par les Jeunes CRSI
Le 15 mai 2025, le Pélican 35 (CL-415) de la sécurité civile subissait un accident en touchant un haut fond lors d’un entrainement en Corse. Alors que la saison des feux de forêts de l’année 2026 a fortement commencé, la question de la disponibilité des moyens aériens et leurs perspectives revient chaque année.
Rappelons que seul les « Pélicans » (indicatif radio) sont construits nativement pour être amphibies et dédiés à la lutte contre les incendies de forêts. Le modèle en service (CL-415) est né au bord du Saint- Laurent en 1993 et est le successeur du CL-215 (premier vol en 1967). Le CL-415 peut emporter plus de 6 000 litres d’eau et écope en 12 secondes sur une distance d’écopage d’un peu plus de 400 mètres.
En France, ils sont utilisés en groupes de 4 canadairs, pratiquant l’attaque du feu en escouade avec un temps de 90 secondes d’intervalle de sécurité entre chaque appareil.
La France possède 12 CL-415 opérationnels mais ne peut en commander d’autres, du fait de l’arrêt de production depuis 2015. Il faudra attendre 2028, pour voir arriver les 2 premiers DHC-515 Firefighter (successeur du CL-415), puis 2032 pour les 2 autres suivants. Ce nouveau modèle ne comportera pas de grandes différences, hormis sur la modernisation des outils de pilotage.
Mais à l’heure du retour de l’enjeu de souveraineté, un projet prometteur pourrait offrir une alternative. En effet, plus de la moitié des commandes de cet avion canadien provient de l’union européenne (24 sur 38). Un constructeur français, Hynaéro, tente de créer son propre modèle. Il s’agit de Hynaero Frégate-F100, avec un objectif d’un premier vol en 2029 et une entrée en service en 2031.
Au-delà de l’intérêt de souveraineté, cet avion se distinguerait par une capacité plus élevée d’emport d’eau (10 000 litres). Ce projet est soutenu par des collectivités territoriales, l’union européenne et le secteur privé.
Un autre projet pourrait aboutir au cours de la décennie 2030. C’est le Roadfour Seagle du constructeur belge Roadfour, avec une prévision d’emport d’eau atteignant plus de 12 000 litres. Si les canadiens ont misé sur leur expérience, les européens misent donc sur l’innovation essayant de repousser les limites, pour gagner en efficacité.
Si les avions amphibies sont les plus connus, avec leur coque de bateau, la France utilise d’autres moyens aériens apportant chacun leur avantage.
L’autre avion connu est aussi canadien, le Dash 8 Q400MR, indicatif radio « Milan », entrée en service en 2005. La France en possède 8. Il présente une capacité de largage de 10 000 litres, peut mélanger le retardant à l’eau, en faisant de lui un spécialiste du guet aérien armé (vol de surveillance et d’attaque précoce du feu). Il doit toutefois retourner à un pélicandrome pour se recharger en eau. Il présente l’intérêt de pouvoir être reconditionné en transport de personnels (64 passagers) ou de fret (9 tonnes) en dehors de la saison des feux de forêts. Sa capacité de faire des longs vols lui permet d’être positionné régulièrement à la Réunion, en prévision de la saison des feux de forêts de l’hémisphère sud.
Pour lui succéder, du fait de son arrêt de production, un projet à partir d’un ATR 72 par la société française Kepplair Evolution permettrait de disposer du Kepplair 72, dénommé The Forest Keeper. Il pourrait remplir les mêmes missions que le Dash 8 Q400MR mais avec une capacité d’emport d’eau limitée à 7 500 litres.
Enfin, le 3e modèle d’avion utilisé par la France pour l’attaque des feux est l’Air Tractor AT-802, indicatif radio « Abel ». A l’origine, c’est un avion texan d’épandage agricole. Il existe en version à roue ou hydravion et peut emporter 3 000 litres. La France en loue 2 à 6 par saison de feux de forêts. Il est très utile pour l’attaque des feux naissants et présente un coût plus faible du fait de sa taille.
Enfin, pour être complet au sujet des avions, il est impensable de ne pas mentionner le Beechcraft King Air B200, indicatif radio « Bengale ». Cet avion à l’origine d’aviation civile n’attaque pas le feu mais il coordonne depuis les airs, les moyens aériens. Il permet donc d’assurer l’intervention en sécurité des avions entre eux, mais aussi des moyens terrestres vis-à-vis des largages.
En résumé, s’agissant des avions, qu’ils soient adaptés en version de sécurité civile, ou conçus à l’origine pour ces missions, la période actuelle est marquée par la difficulté d’approvisionnement. Mais cette difficulté a grandement contribué à l’émergence de projets européens promettant aux pays européens, un bel avenir pour la décennie 2030.
Si les avions ont donc un bel avenir devant eux, les hélicoptères ne sont pas sans reste.
Le premier qu’il convient de citer est le Super Puma, indicatif radio « Puma » (SA330 Puma, AS332 Super Puma, puis l’AS532 Cougar) d’Airbus Helicopters. Chaque été, près de 6 de ces modèles sont loués. Ils présentent de nombreux avantages : capacité d’emport de 4 000 litres, vol de nuit et largage de nuit, manœuvrabilité plus élevée qu’un avion, élingue de 120 mètres permettant de se réapprovisionner sur de petites surfaces et enfin, capacité de transport de troupes (8 personnels) ou de matériels. Il peut donc déposer et approvisionner les sapeurs de la brigade des militaires de la sécurité civile, dans les zones difficiles accessibles par engins terrestres.
Si ces modèles sont loués, le mécanisme européen RescEU doit permettre d’en financer l’achat de trois modèles pour des pays européens (France, la Pologne et la Roumanie).
Le deuxième hélicoptère d’Airbus Helicopters, le H145 (indicatif radio, « Dragon »), dernière version du célèbre hélicoptère de la sécurité civile, peut lui aussi opérer des largages avec réservoir (bambi bucket) d’environ 800 litres. La sécurité civile devrait disposer de 40 exemplaires d’ici 2029. L’intérêt de cet hélicoptère est qu’il appartient à la sécurité civile et effectue d’autres missions (secours en montagne, secours en littoral, secours lors d’inondations, transports sanitaires …).
Enfin, le 3e hélicoptère n’est pas un modèle mais une catégorie. Derrière l’indicatif radio « Condor », se trouvent des hélicoptères de modèles variés mais qui sont loués et sont des hélicoptères bombardiers d’eau légers pouvant emporter jusqu’à 1 000 litres. La France en loue jusque 4 par saison.Si concernant les hélicoptères, l’Europe démontre son savoir-faire, son défi est de maintenir ses capacités de production par la sécurisation de commandes.
Pour conclure, la plus grande question au sujet des moyens aériens de la sécurité civile concerne le coût et le choix entre une organisation reposant sur une flotte publique (propriété des pouvoirs publics), une flotte mixte ou une flotte essentiellement issue de locations auprès d’opérateurs privés.
Si le scénario d’une flotte essentiellement issue de locations n’est pas celui adopté par la France, celui d’une flotte essentiellement publique ne pourrait être possible que lorsque les différents projets, principalement européens, aboutiront.
