Analyse des fragilités structurelles du système français de retraite par répartition

Par Ghislaine Rouviere, membre de la commission Économie

Cette contribution analyse les fragilités structurelles du système français de retraite par répartition à partir d’un double constat : la baisse sensible du niveau de vie observée lors du passage à la retraite et la dégradation de l’équilibre financier du régime de base.

L’auteur montre que la soutenabilité du système dépend principalement de facteurs démographiques et économiques tels que le ratio actifs/retraités, le taux de fécondité, l’espérance de vie, l’emploi, le niveau des cotisations et la croissance économique. Dans ce contexte, le régime de base affiche un déficit de 5,1 milliards d’euros en 2025 pour 422 milliards d’euros de dépenses, tandis que le vieillissement de la population accentue les tensions de financement.

L’analyse souligne toutefois que cette situation doit être nuancée par l’existence de réserves importantes au sein des régimes complémentaires, des fonds de réserve pour les retraites et des dispositifs d’épargne retraite. Selon l’auteur, les difficultés actuelles tiennent autant aux évolutions démographiques qu’à la complexité croissante d’un système devenu coûteux à administrer et insuffisamment lisible pour les citoyens.

Afin d’en assurer la pérennité, l’analyse propose une stratégie reposant sur trois leviers complémentaires : une augmentation de l’activité et de l’emploi des seniors, un renforcement de l’épargne de long terme destinée à préparer la retraite et une réforme institutionnelle visant à simplifier les règles, rapprocher les régimes public et privé et améliorer la gouvernance du système. L’auteur défend ainsi une approche combinant travail, épargne et réforme plutôt qu’un ajustement reposant sur un levier unique.

Enfin, il est avancé que la mobilisation des réserves existantes, l’augmentation des recettes liées au travail et les effets favorables attendus sur la croissance et les recettes fiscales pourraient contribuer au financement de ces évolutions. L’objectif poursuivi est de renforcer simultanément la soutenabilité financière du système et la responsabilité individuelle dans la préparation de la retraite.

Axe majeur du financement déficitaire des retraites, le système par répartition est vulnérable aux fluctuations économiques et démographiques. Décider de geler la revalorisation des pensions de retraite, déjà synonyme de baisse automatique des revenus, est-elle la seule mesure garante de l’équilibre financier du système ?

DIAGNOSTIC :

UN 1ER CONSTAT : BAISSE AUTOMATIQUE DU NIVEAU DE VIE DES RETRAITES

« J’ai travaillé, longtemps. J’ai accepté de verser une partie de mon salaire à mes aînés qui jouissaient d’une juste retraite que l’ensemble des actifs considérait comme méritée. Par la liberté de temps retrouvé, je pensais savourer sereinement ma retraite. J’ai appris assez tard dans ma carrière que ma pension de retraite m’imposerait une baisse de mon niveau de vie : en moyenne 43,4 % de mon dernier salaire Brut (OCDE) et jusqu’à 50 % pour les cadres ou travailleurs indépendants (Rapport juin 2026 Conseil d’Orientation des Retraites COR). Jeune retraité, j’apprends que le système en déficit croissant ne répond plus aux réalités économiques et démographiques. Les règles doivent changer de gré ou de force ».

Et pourtant, j’ai été, je suis, et je resterai une particule élémentaire de ce Système. Je suis une de ses incarnations : chacun des acteurs, actifs ou retraités, détient une légitime place dans ce système qui fait lui -même, partie intégrante de la Nation française. Cessons d’opposer le citoyen au « système » car des solutions existent.

Quelques chiffres :

« J’ai 62 ans et j’appartiens aux 17,9 millions de retraités, 1/4 de la population française (de 15 à 64 ans), qui perçoivent leur pension grâce au 31, 4 millions d’actifs, 74,4 % de la population actuelle qui cotisent pour eux jusqu’à plus de 19,09 % de leur salaire brut, quand leur patron cotise jusqu’à plus de 28 % du brut (Taux maximal selon l’OCDE).

Par le système par répartition, 1,8 actifs financent ma pension versée par le régime de Base CNAV et par les régimes complémentaires (Type Agirc -Arcco, Ircantec…) A partir de mes 55 ans, j’ai accédé à mon « Relevé de Carrière » regroupant sur l’ensemble des années d’activité professionnelle, le nombre de trimestres travaillés. (172 pour un taux plein à 67 ans. Système de décote/sur côte calculée à partie de 62 ans)).

C’est seulement 6 mois avant la liquidation de ma retraite que j’ai pu avoir une idée fiable du montant de ma pension. :1705 euros mensuels bruts en moyenne (1500 privés, 2300 fonction publique. Source Drees). (SMIC à 1867 euros mensuels bruts pour un temps plein de 35h) soit 1557 euros mensuels nets, après la retenue de 6 à 9 % (CSG, CRDS, CASA) (SMIC net à 1478 euros mensuels).

Ces moyennes cachent de très grandes diversités. Les pensions directes les plus modestes peuvent faire l’objet d’allocations complémentaires (Minimum vieillesse avec l’Aspa, Asi, Apl) versées par la CNAV ou la CAF.

CONSTAT N°2 : DERRIERE UN DEFICIT CROISSANT DU REGIME DE BASE, DES BENEFICES ET UNE EPARGNE SALARIALE COLLECTIVE RECORD !

En 2025, la Branche Retraite de l’Assurance Sociale affiche un déficit de 5,1 milliards d’euros (Régime de base) soit0,2 % du PIB. (COR Juin 2026)

  • Côté dépenses : 422 milliards d’euros sont versés, 14,1 % du PIB, et 24,3 % de l’ensemble des dépenses publiques (derrière l’Italie, et 6ième place dépense par habitant, des pays suivis par le COR).
  • Côté recettes : Sur les 417 milliards d’euros collectés, 2/3 sont financés par les cotisations patronales et salariales obligatoires, le 1/3 restant représente les contributions types CSG, CRDS, CASA, et les subventions publiques.

La réalité financière et comptable recouvre de grandes diversités (Disparités des régimes Public /Privé, âge de départ carrière longue, spécificités des régimes spéciaux …) en alourdissant les coûts de la gestion administrative. La Cour des comptes nous rappelle que Mr Bayrou, lors de son discours de présentation de Politique Générale de 1er Ministre, a alerté sur un déficit de plus de 50 Milliards d’euros (explicable, entre autres, par l’anomalie sur le taux de cotisation de l’Etat-Employeur : les traitements des fonctionnaires actifs comptabilisés avec les pensions des anciens fonctionnaires dans le budget global du ministère …).

L’horizon s’éclaircit pourtant du côté des régimes complémentaires obligatoires et des Fonds de Réserves. La gestion vertueuse par le régime complémentaire obligatoire AGIRC ARRCO des 91,2 Milliards d’euros, permet de dégager un bénéfice annuel de + 1,4 milliards ; L’intérêt financier de cet l’excédent bascule à son tour dans ses réserves. Les 100 milliards annuels de prestations distribuées par l’Agirc-Arrco sont de réels amortisseurs de crise et une garantie démographique assurant un autofinancement sur les 40 prochaines années.

Créé par en 2001, les FFR, fonds de réserve pour la retraite, ont vocation à constituer des réserves pour la pérennité du régime de retraites notamment par l’effet de lissage du choc financier du papy-boom. Ces établissements publics administratifs, affichent un actif de 20, 7 milliards d’euros, avec +9 % de la valeur du portefeuille en 2025. Ils ont versé jusqu’en 2023, 1,45 milliards à la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale).

Les Fonds « Fillon », PER Plan d’épargne retraite, selon le Ministère de l’Economie, ont un encours de 150,4 Milliards d’euros en 2025 et concernent 12,9 millions de Français bénéficiant des avantages de la retraite par capitalisation. Selon l’AFG (Association Française de la Gestion Financière) le système d’Epargne Salariale Collective a atteint un encours record de 230 Milliards d’euros en 2025 alimentant les comptes de 13,2 Millions de salariés sur leur plan PEE, PERECO, PAV. 76 % de ces encours sont des actions et obligations qui contribuent pour 57 % au financement de l’économie française (Club Du Patrimoine).

LES CAUSES DE LA BAISSE AUTOMATIQUE DU NIVEAU DE VIE DU RETRAITE ET DU DEFICIT DU REGIME DE BASE DES RETRAITES

Les courbes inversées des facteurs d’équilibre du financement des retraites. Basé sur la solidarité intergénérationnelle, l’équilibre de ce système actuel par répartition est contraint, d’une part, par :

– le nombre d’actifs cotisants et l’assiette des cotisations et les règles d’attributions des pensions

– la baisse du ratio d’actifs /retraités 6 en 1945 1,8 en 2026

– la baisse du taux de fécondité 1,56 (Insee) 2026 estimé 1,4 en 2028

– l’augmentation de l’espérance de vie 85,9 ans femme 80,4 ans homme

– le taux d’activité

– le taux de chômage 8 % (3,3 millions France Travail trimestres validés sans cotisations Retraite)

– les montants et des taux de cotisations obligatoires, subventions et taxes diverses dédiées.

– l’âge légal de départ à la retraite.

– la pyramide des âges (surcroît de retraités Boomers)

– le PIB

Mais aussi par ses capacités intrinsèques à anticiper, intégrer, et amortir les fluctuations multifactorielles associées. Depuis 1945, l’ensemble des lois visant à corriger les déficits ont complexifié le fonctionnement et la gestion du système gagné par une lourdeur administrative coûteuse pour l’ensemble des parties, salariales, patronales et services de l’État. Simplification, rationalité, fluidité et lisibilité bénéficieraient à tous !

LES ENJEUX : « MICRO & MACROECONOMIE EN MIROIR, OU LA CONVERGENCE D’INTERETS CITOYEN & SYSTEME. »

1/ Rééquilibrer le système des Retraites pour éloigner la perspective de baisse les pensions de base. Contredire les prévisions du COR : le déficit sera stable jusqu’en 2045, il pourrait atteindre 15 milliards en 2035, 30 milliards d’euros en 2070 (Prévisions de la Cour des comptes).

2/ En réduisant le déficit du financement de la Retraite, participer à la réduction de la dette de l’État Français.

3 / Proposer à l’actif, futur retraité, de s’approprier son pouvoir décisionnaire de gestion de son épargne et de son patrimoine bien en amont des années de liquidation de sa retraite. Prise de conscience que le système des retraites n’est pas l’ennemi qui dévalue son niveau de vie mais un partenaire nécessaire et non suffisant. Par la réconciliation « J‘appartient au système comme il m’appartient ! », le futur retraité reste acteur et non plus assisté passif. Il s’agit de changer d’état d’esprit et de prendre en mains son futur destin de retraité dès le début de sa carrière !

LES SOLUTIONS : TRAVAIL/ EPARGNE/ RETRAITE, LE TRIO GAGNANT !

1/ AU TRAVAIL ! (NB : ceux qui le peuvent bien sûr ! Retraites malades, invalides, handicapés feront l’objet d’une étude distincte)

– Dans le Privé : Sur la base du volontariat 39 heures hebdomadaires

– Dans le Public : 35 heures eHectives

– Liquidation de la retraite non obligatoire à l’âge légal : « Laisser moi travailler plus vieux si je le veux !! »

– Déplafonnement cumul emploi-retraite Tout le monde y gagne si le retraité gagne plus que le montant de sa pension de retraite !

2 / EPARGNE

– Création d’un LIVRET RETRAITE à taux garanti (par ex 2fois celui du Livret A) si versement de 5 % du revenu mensuel brut d’activité sur une période de 10 ans renouvelable (74 euros pour Smic/ 54 053 euros placés à 2 % sur 40 ans)

– A moyen et long terme et en partenariat avec les ministères concernés (Logement et habitat, Finances) : Incitation fiscale autour des solutions immobilières patrimoniales de VENTE intergénérationnelle en nu- propriété, viager, Prêt Viager hypothécaire (PVH)

70 % des retraités, selon le syndicat UNSA, sont propriétaires de leur logement et voient leur budget mensuel grevé par l’entretien et le coût fiscal de son patrimoine.

Le PVH est un prêt garanti par une hypothèque sur le bien d’habitation : aucun remboursement pendant la vie de l’emprunteur. Le capital et les intérêts sont remboursés au décès ou à la vente du bien.

3/ LE SYSTEME DES RETRAITES

Ajustements des règles financières :

– Réserver les pensions aux seuls cotisants, c’est assurer l’égalité des droits !

– Validation des trimestres des chômeurs adossée aux cotisations retraite.

– Immigration contrôlée réservée aux émigrés actifs et cotisants

– Renforcement strict du contrôle des certificats de vie des retraités à l’étranger

– Relance de la Politique familiale pour favoriser l’augmentation du taux de natalité.

– Simplification : système unifié Public/ Privé, Etat employeur en ligne budgétaire spéciale dans le budget ministériel pour une lisibilité et transparence de la dette publique.

– Calquer la gestion du régime de base sur celle de AGIRC ARRCO Principe du régime par Point : flexible en fonction de l’équilibre, Annualité de la souplesse garantie de stabilité.

– Audier les Fonds de prévoyance, Fonds d’investissements et Etablissements publics et recentrer leur marge sur l’objet initial : l’équilibre des comptes par la redistribution et non par la capitalisation. (FFR la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale, Investissements de la Caisse Dépôts et Consignations dans des organismes privés commerciaux (Qualium, filiale d’investissement de la CDC Capital Investissement au capital des Bijouteries HISTOIRE D’Or en 2006 (Agefi.com)).

LE FINANCEMENT DE CES MESURES

COÛTS :

1/ Rémunération de taux garanti du Livret Retraite (2 x taux livret A) mais capital bloqué, corrélé à un transfert de l’Epargne Livret A vers ce nouveau Livret. Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable.

2/ Incitations fiscales autour des formules de Cession immobilière transgénérationnelle. Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable.

3/ Part patronale des cotisations Retraite passage des 35 aux 39 heures de travail hebdomadaire (Donnée chiffrable)

RECETTES :

1/ Augmentation de la Redistribution des intérêts et Bénéfices

– sur les 20 ,7 Milliards des FFR : Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable. Tabler sur 2 ou 3 x les 1,45 milliards CADES = 3 à + de 4 Milliards ?

– sur les 230 milliards capitalisés sur les Fonds « Fillon » PER, PERECO, PAV. Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable.

– les 91,2 Milliards de l’Agirc- Arrco, soient 1,4 Milliards

– des Fonds d’investissements publics (Chiffrable)

2/ Augmentation mécanique des cotisations salariales Retraite par le passage des 35 à 39 heures hebdomadaires de travail Secteur privé.

3/ Relance de la consommation (Gain TVA), augmentation des rentrées fiscales : Impôts sur le revenu)

4/ Augmentation du PIB par création de richesse par l’augmentation de travail volontariat privé, et 35 heures effectives Public (Local et national) sans augmentation du traitement.

5/ Economie du montant des retraites versées sans cotisations antérieures des retraités étrangers plus que centenaires. (Chiffrable)

6/ Montant des cotisations retraite sur les indemnités chômage. (Chiffrable)

EN CONCLUSION

Derrière l’« Usine à gaz » du système des retraites, se cachent des réalités et perspectives économiques et financières qui permettent de rester optimiste quant à sa pérennité. En assumant de nécessaires et régulières mises à jour, notre « Logiciel Retraite » pourra continuer à nous servir ses pensions, gages d’un temps de repos mérité et serein.