Par Raphael Piastra, Maitre de Conférences en droit public des Universités

À propos de notre collègue Florence Bergeaud-Blackler

Florence Bergeaud-Blackler est une anthropologue française, chargée de recherche au CNRS, en poste au laboratoire Groupe Sociétés, Religions, Laïcités de l’EPHE (École Pratique des Hautes Etudes). Elle œuvre aussi aux universités d’Aix-Marseille et de Manchester. Elle est habilitée à diriger des recherches depuis 2019. Pour l’ensemble de son œuvre, elle a été faite chevalier de la Légion d’honneur en 2024.

Le tribunal judiciaire de Strasbourg a récemment relaxé la célèbre anthropologue, poursuivie pour diffamation par une doctorante de l’université de Strasbourg pour avoir dénoncé l’influence de l’idéologie frériste dans l’enseignement supérieur. L’université alsacienne s’était montrée solidaire de son étudiante.

Les faits reprochés remontent au 4 mars 2025 et à un tweet dans lequel Florence Bergeaud-Blackler évoque « l’idéologie frériste » qui « s’est installée dans les universités progressivement depuis trente ans ». C’est une vérité incontestable (ex : Lyon 2, Grenoble). Notre collègue avait remarqué, preuves à l’appui, que sur ses réseaux, Iman El Feki (l’étudiante en question)  avait partagé le visuel d’une « marche radicale » appelant à « la libération de la Palestine de la mer au Jourdain », un slogan politique et de ralliement ouvertement antisioniste. C’est la principale doxa des antisionistes.  « Ne croyez pas qu’il s’agit d’un cas isolé », soulignait alors Florence Bergeaud-Blackler. La scientifique de rajouter que cela s’appelle « l’islamisation de la connaissance » et « c’est un projet des Frères musulmans, comme je l’explique dans Le Frérisme et ses réseaux » (Odile Jacob, 2023, préface de Gilles Keppel). Précisons que ce dernier ouvrage a obtenu le prix Science et Laïcité.

Mme Bergeaud-Blackler est devenue, en quelques années, la référence en matière de frérisme. Son dernier ouvrage est allé encore plus loin dans la démonstration du danger de ce mouvement : Le Djihad par le marché, Comment l’islam radical s’empare du marché halal (Odile Jacob, 2025).

Le frérisme, c’est quoi ? On pourrait simplement renvoyer aux écrits de Mme Bergeaud-Blackler et s’arrêter là ! Disons tout de même quelques mots. Le mot frérisme désigne l’influence politique et sociale de l’organisation des Frères musulmans, en particulier quand elle s’exerce en Occident. Le frérisme est considéré comme un courant de l’islamisme, un extrémisme religieux dont le but est de faire jouer à la religion musulmane un rôle de premier plan dans la société et de s’infiltrer partout dans celle-ci (https://dictionnaire.orthodidacte.com). Et ce, il ne faut jamais l’oublier,  afin de rallier à sa cause le maximum de mécréants. C’est également la volonté de faire triompher l’oumma, la communauté des musulmans, l’ensemble des musulmans du monde (cette notion marque le dépassement des appartenances tribales et ethniques, puis nationales, au profit de l’appartenance religieuse).
Et le but ultime est connu : mettre en place un khilâfa ou khalifat (califat en français). Dans  le corpus coranique, cela correspond à la vice-régence de l’Homme sur terre. Dieu a confié à l’Homme la gestion du monde. Par extension, le calife, en tant que chef du pouvoir, est le vicaire de Dieu, le guide et chef des croyants (https://www.lescahiersdelislam.fr). Ce schéma de conquête à bas bruit se déroule, bien sûr, sur une base coranique.

On a parlé plus haut de Frères musulmans. La confrérie des Frères musulmans, qui était à l’origine une société secrète, est une organisation politique présente dans de nombreux pays à majorité musulmane, où elle cherche à instaurer des républiques islamiques. Cette organisation est très hétérogène, nébuleuse, composée de divers courants et pratiquant l’entrisme dans le plus de milieux possible. Les « Frères » s’opposent fermement aux courants laïques d’inspiration occidentale. Le principe de laïcité pratiqué en France leur est totalement étranger (comme le veut la charia). Leurs ennemis principaux sont les mécréants et Israël. D’abord actif en Égypte, le frérisme se développe en Europe, et notamment en Belgique et aux Pays-Bas. Il se répand assez bien en France. Le danger est grave puisque le président Macron a demandé une loi sur ce sujet. Une proposition de loi visant à lutter contre l’entrisme islamiste en France a été adoptée par le Sénat  le 5 mai 2026. Elle est à présent soumise au vote de l’Assemblée. Si elle est adoptée, il se pourrait que le Conseil constitutionnel en censure quelques aspects au nom du fondamentalisme droitdelhommiste dans lequel il s’est engagé, à tort, depuis quelques années (Jean-Éric Schoettl, La Démocratie au péril des prétoires, De l’État de droit au gouvernement des juges, Gallimard, 2022).

Comme l’a très bien démontré Mme Bergeaud-Blackler dans ses études, les « Frères » jouent un rôle de premier plan dans l’islam européen, tant au niveau politique qu’économique : formation de prédicateurs, création ou soutien d’associations qui se font le relais de leurs idées, organisation d’activités culturelles, gestion de barbers, kebabs, épiceries de nuit,  marché halal. C’est un mouvement déclaré terroriste dans certains pays.

Alors oui, parce qu’elle parle, à raison, de « l’islamisation de la connaissance », Mme Bergeaud-Blackler est ciblée par les Frères musulmans et autres fondamentalistes. Elle l’est aussi par une partie de notre communauté universitaire qui a choisi (par peur, facilité, voire complicité ?) ce que Michel Houellebecq appelle la Soumission (Flammarion, 2015). Et avec ces islamistes-là, il ne peut être question de confrontation d’idées, de dialogue constructif entre diverses thèses, d’échanges d’opinions. Même au pays de Rousseau et de Hugo, ils n’en ont que faire. L’important, c’est d’islamiser.