Source : Rapport de la Cour des Comptes le 2 février 2026
Réformer pour pérenniser : les défis de la modernisation des lycées de la défense
– par Lilou LECLERCQ, membre Jeunes CRSI
Les lycées de la défense sont des établissements d’excellence placés sous la tutelle du ministère des Armées et du ministère de l’Éducation nationale. Ils dispensent un enseignement général et technologique allant du collège aux classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), militaires et civiles.
Il existe 6 établissements de ce genre et accueillent à eux six, près de 4 500 élèves. Ces établissement remplissent une double mission :
– une mission d’aide aux familles de militaires pour les classes du secondaire ;
– une mission d’aide au recrutement des armées pour les classes d’enseignement supérieur, notamment via les CPGE.
Par ailleurs, ces établissements disposent d’un statut atypique : les élèves sont rattachés à l’institution militaire et donc au ministère des armées. L’enseignement y est assuré par des professeurs détachés de l’Éducation nationale, tandis que l’encadrement est supervisé par des militaires.
I- Résultats /Constats
A – Constats positifs
Les lycées de la défense affichent des résultats particulièrement solides, notamment en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). En 2024, 38 % des élèves de CPGE ont intégré une école militaire à l’issue de leur scolarité. Ces donnes illustre l’efficacité du dispositif mis en place dans les lycées de défense.
De plus, il s’avère que les résultats au baccalauréat sont excellents, avec des taux de réussite très élevés et une proportion importante de mentions. Les performances observées sont régulièrement supérieures aux moyennes nationales.
Ces résultats peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs :
En effet, les effectifs sont réduis en comparaison des moyennes nationales, ils sont environ 25 en secondaire et 20 en CPGE ce qui facilite l’apprentissage et l’encadrement. En effet, le taux d’encadrement pédagogique et militaire est élevé (3,5 élèves par encadrant civil et militaire et un enseignant pour 10,9 élèves, contre 13 dans la moyenne des pays de l’OCDE et 15 en France).
Enfin, sont organisés un accompagnement systématique aux devoirs ainsi que des activités périscolaires nombreuses et,
pour beaucoup, gratuites. Le cadre militaire entretient en outre une discipline et une dynamique studieuse qui fait également une large place au sport, les établissements étant dotés d’infrastructures conséquentes.
B – Les limites
Plusieurs constats ont démontrés les limites structurelles et financières importantes.
Tout d’abord, la gestion du personnel est complexe. En l’absence d’un véritable corps d’accueil au sein du ministère des Armées et des anciens combattants, la situation administrative des personnels peut présenter des inconvénients et générer des difficultés de gestion. Ensuite, les emplois du temps sont parfois jugés trop denses, laissant peu de place au temps libre et à l’équilibre personnel des élèves. Si la discipline constitue un facteur de réussite, elle peut également entraîner une pression importante.
Sur le plan social, le ministère reconnaît qu’une réflexion pourrait être menée concernant le poids des critères sociaux dans l’admission. Le système actuel repose sur un double régime d’aides, jugé coûteux et insuffisamment lisible. Son articulation manque de clarté, ce qui peut nuire à l’équité entre les familles.
La question budgétaire constitue un autre point majeur. Les dépenses sont complexes à identifier et à quantifier, et elles augmentent d’année en année. Le coût annuel complet de fonctionnement est estimé à 146 millions d’euros, soit environ 33 300 € par élève et par an. À titre de comparaison, ce montant est très supérieur au coût moyen d’un élève dans l’enseignement public classique.
II – Les recommandations en vu d’une amélioration
Afin de remédier à ces dysfonctionnements, le rapport de la Cour des comptes formule neuf recommandations essentielles pour renforcer la cohérence du modèle. L’objectif prioritaire réside dans l’amélioration de la gouvernance globale par une clarification des responsabilités ministérielles et un pilotage stratégique plus affirmé. Une coordination interarmées accrue est également préconisée pour harmoniser la gestion des différents sites et rationaliser les investissements. Sur le plan social, une simplification des régimes d’aides est jugée nécessaire pour garantir une meilleure équité entre les familles. Enfin, le rapport souligne l’importance de mettre en place des outils d’évaluation rigoureux afin de mesurer l’efficacité réelle des politiques publiques engagées depuis 2018 et d’ajuster les orientations futures aux besoins réels de la défense.
En définitive, bien que les lycées de défense soient des lycées avec d’excellents résultats scolaires et bien qu’ils représentent une filière d’excellence ; les limites structurelles, sociales et budgétaires soulignées par la Cour des comptes imposent une réforme profonde du modèle.
