– par H., adhérente CRSI.
Aviez-vous déjà imaginé que le modèle agricole fût au cœur de notre sécurité intérieure ?
Le monde rural se porte mal, comme le reste me direz-vous…
L’épisode de Noël dernier lié à la dermatose nodulaire contagieuse des bovins, ou DNC, fut une injection de rappel à un constat établi depuis longtemps. Oublions-nous que nous « fêtons » les trente ans de la crise dite de la vache folle qui fut certainement une des plus grandes crises agricoles et agroalimentaires de notre époque ? Au plan mondial, la France est « médaille d’argent » pour le nombre de cas humains décédés du vMJC*, bel exploit…
Nous demandons à ceux qui nous nourrissent encore, mais pour combien de temps, de produire de meilleure qualité, avec un coût minimum, en utilisant le moins possible d’intrants.
Autour d’eux, un pont entre l’Etat et les éleveurs : les vétérinaires. Ils furent eux aussi, et malgré eux, au centre de cette récente crise dite de la DNC, mais cette fois-ci beaucoup plus violemment que lors des précédentes. Coiffés de leur casquette sanitaire, qu’ils ne peuvent discuter sans perdre une très grande partie de leur activité, les vétérinaires ruraux ont à la fois euthanasié des milliers de bovins et vacciné presque deux millions d’autres, le tout en quelques semaines.
Etre étonnée d’apprendre que ces délégués de mission étatique ne sont pas encore rétribués, à l’heure où j’écris ces lignes, est un euphémisme (1). Le 19 février dernier, la ministre de l’Agriculture avait sur son bureau une lettre signée d’organisations vétérinaires expliquant les conséquences du règlement trop tardif de ces missions jugées pourtant urgentes. L’Etat, lui, ne donne pas souvent de délai pour le paiement des charges sociales.
Circuit dysfonctionnel
Au-delà des difficultés financières qu’ont pu rencontrer ces praticiens, le retard de paiement semble un déni de reconnaissance de leur mission sanitaire accomplie en temps et en heure, mais aussi un déni de connaissance des entreprises du monde rural dont l’équilibre économique reste fragile. Oublions-nous que les cliniques vétérinaires sont garantes d’un pan entier de notre sécurité sanitaire ?
Il est vrai que cette vaccination, utile pour protéger les bovins d’une maladie jusqu’ici inconnue en Métropole, a coûté cher à la collectivité, déjà fauchée, et aux exportations de bovins, du fait de règles sanitaires européennes, fragilisant là-aussi des élevages pris entre deux feux (2). L’Europe a vu la réalité de ses anciennes frontières se reconstituer instantanément…
Peut-être y aurait-il eu moins de réticences de la part des éleveurs français si tous leurs jeunes bovins étaient encore engraissés, encore abattus et encore consommés en France ? Notre pays est, en effet, le principal exportateur de broutards pour l’UE, les animaux naissent en France, mais sont engraissés, abattus et consommés principalement en Italie (3). Ce circuit est-il cohérent avec le bien-être animal, avec la nécessaire parcimonie énergétique demandée systématiquement par ailleurs, avec la préservation d’emplois nationaux ? La France pourrait être presque autosuffisante en viande bovine si elle n’exportait pas. Conséquence : elle en importe ! Et le quota de bœuf australien vient d’être multiplié par dix pour la décennie à venir… Ces animaux, s’ils sont nourris à l’herbe, seront même exemptés de droits de douane ! (4)
Des vaches, des passoires, des frontières
Quand on voit la paperasserie qui concerne nos terres en jachère (5), cherchons l’erreur ! Alors qu’un pâturage bien conduit participe à la diminution des traitements herbicides, à une diminution de production de gaz à effets de serre et économise de l’énergie, le tout en favorisant la biodiversité (6, 7). Le bon sens près de chez vous n’est plus à l’ordre du jour.
Sont-ce ces allées et venues de bovins qui sont à l’origine de la crise dite de la DNC ? Le bovin contaminé et importé en France n’a toujours pas été précisément identifié (8). Il vient d’Italie… Nos frontières sont des passoires aussi bien pour les migrants africains que pour les vaches transalpines.
Lente dérive rurale qui s’ajoute à la montée du chaos urbain. La mauvaise orientation des choix de production aurait pu faire basculer une région entière dans une quasi révolte lors de cette crise sanitaire. Tout semblerait à revoir et rien ne devrait être juste effleuré lors d’une crise. Pour la première fois depuis cinquante ans, le France enregistre en 2025 un déficit commercial des productions agricoles et alimentaires (9). Causes à effets ?
Sans identification complète de tous les risques encourus, sans réelles politiques adaptées pour y faire face, l’histoire se répètera inévitablement car la mondialisation, et surtout celle de produits vivants, animaux ou végétaux, concourt forcément à la dissémination d’agents pathogènes (10). Le prochain visiteur sera peut-être zoonotique…
Ainsi notre modèle agricole, notre commerce de produits alimentaires ont tout à voir avec notre sécurité intérieure.
Les différentes crises concernant la viande l’ont montré. Cependant, les microbes ne sont pas responsables de tout. Nos réactions face à eux importent tellement plus. Pensons-y vraiment !
« La peur est capable de tout, et elle tue sans pitié. »**
« Sans pitié » serait, si vous le souhaitez, mon prochain sujet qui lie bien-être animal et sécurité intérieure.
* vMJC = nouvelle forme variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Pour en savoir plus : https://www.depecheveterinaire.com/maladie-de-la-vache-folle-il-y-a-trente-ans-chronique-de-plusieurs-crises-sanitaires_679C50863E6FAC6D.html
** Le Hussard sur le toit, Jean Giono.
SOURCES :
(7) https://www.agrireseau.net/documents/Document_117895.pdf
(8) vidéo de la chaine du Sénat https://www.youtube.com/watch?v=3NcC4fsLykw
(9) https://www.insee.fr/fr/statistiques/8684397?sommaire=8684437
