Par un membre du CRSI
Analyse du 1er trimestre 2026
Chiffres clés :
Au premier trimestre 2026, le commerce extérieur français enregistre une nouvelle dégradation de son solde commercial, après deux trimestres consécutifs d’amélioration. Le solde FAB/FAB s’établit à −14,1 milliards d’euros, soit une détérioration de 2,8 milliards d’euros par rapport au quatrième trimestre 2025. Cette dégradation résulte d’une hausse des importations (+1,8 %) non compensée par la quasi-stabilité des exportations (+0,1 %), qui atteignent néanmoins un nouveau record historique à 157,6 Md€, portées par des ventes d’armement exceptionnelles.
I/ Une dégradation du solde tirée par l’énergie et les matériels de transport
A) Le choc énergétique, principal facteur de dégradation
La moitié de la dégradation du solde commercial est imputable à la composante énergétique. Le solde de l’énergie se replie de 1,8 Md€ pour atteindre −9,9 Md€, sous l’effet conjugué de deux dynamiques :
– Hydrocarbures naturels : hausse des importations de +15,1 %, contribuant à une dégradation du solde de −1,2 Md€. Les prix ont connu une forte flambée en mars 2026 (+63 % pour le gaz naturel, +46 % pour le pétrole brut).
– Produits pétroliers raffinés : dégradation additionnelle de −0,5 Md€ liée à la hausse des importations.
– Électricité : quasi-stabilité du solde malgré une hausse simultanée des exportations et des importations.
Malgré cette dégradation, le solde énergétique reste moins déficitaire que lors de la période précédant la crise Covid (−11,1 Md€ en moyenne trimestrielle en 2019).
B) Le secteur des matériels de transport en repli marqué
Le solde des produits manufacturés se dégrade de 1,7 Md€ pour atteindre −10,2 Md€. La baisse est principalement portée par les matériels de transport (−2,2 Md€), sous l’effet combiné de trois secteurs :
– Aéronautique : −0,8 Md€, en raison d’une baisse des exportations d’avions vers les Émirats arabes unis, après des ventes exceptionnellement élevées au second semestre 2025.
– Automobile : −0,7 Md€, causée exclusivement par la hausse des importations (+3,5 %).
– Navires et bateaux : −0,7 Md€, les exportations s’effondrant (−80,1 %) en contrecoup de la vente d’un paquebot géant au trimestre précédent.
À l’inverse, le solde de la métallurgie progresse sensiblement (+0,9 Md€) grâce à des ventes dynamiques de métaux non ferreux vers l’Italie. Le solde agricole redevient légèrement déficitaire (−0,2 Md€) après deux trimestres excédentaires.
II/ Des dynamiques géographiques contrastées et un contexte international sous pression
A) Forte dégradation avec le Proche et Moyen-Orient et l’Amérique
La plus forte détérioration du solde concerne le Proche et Moyen-Orient (−2,7 Md€), qui reste néanmoins excédentaire de 1,7 Md€. Cette zone, qui avait atteint un excédent historique de 11,4 Md€ en 2025 grâce à l’aéronautique, pâtit du reflux des livraisons d’avions vers les Émirats arabes unis, les exportations aéronautiques vers cette zone passant de 3,4 Md€ au T4-2025 à 1,3 Md€ au T1-2026.
Avec l’Amérique, le solde se dégrade de 1,1 Md€, tiré par la hausse des importations d’énergie depuis les États-Unis. La part américaine dans les approvisionnements français de pétrole brut est ainsi passée d’un quart en 2025 à plus d’un tiers au T1-2026, et les États-Unis sont devenus le premier fournisseur de pétrole raffiné de la France avec 18 % de parts de marché.
En revanche, le solde avec l’Union européenne continue de s’améliorer (+1,3 Md€), porté notamment par l’Italie et la Belgique, et se rapproche désormais de l’équilibre. C’est la seule grande zone géographique en amélioration ce trimestre.
B) L’effet des droits de douane américains se fait davantage sentir
Depuis l’instauration de droits de douane additionnels par les États-Unis à partir d’avril 2025, les exportations françaises vers ce marché résistent mieux que celles de ses partenaires européens. Sur la période janvier 2025–janvier 2026, elles sont restées stables, contre un recul de 5 % pour l’UE hors Irlande et de 9 % pour l’Allemagne. La France est moins exposée aux taxes sectorielles frappant l’automobile et l’acier.
Cependant, au T1-2026, les exportations françaises vers les États-Unis diminuent de 5 % en glissement annuel, la baisse s’accélérant hors aéronautique (−11 %). Les secteurs les plus touchés sont les boissons (−24 %), le cuir et la maroquinerie (−22 %), et les parfums et cosmétiques (−20 %), avec des baisses de prix significatives sur ces produits emblématiques.
L’accord UE–États-Unis du 27 juillet 2025 a plafonné les droits de douane à 15 % pour la majorité des produits européens, avec des exemptions pour l’aéronautique, les médicaments génériques et certains minéraux critiques. L’acier et l’aluminium restent toutefois taxés à 50 %.
C) Pertes de parts de marché et comparaison européenne défavorable
Après avoir regagné des parts de marché depuis le T2-2025, la France en perd à nouveau nettement au T1-2026 : les exportations en volume reculent de 5,6 % tandis que la demande mondiale adressée à la France progresse de 0,6 %. Le ratio solde commercial/PIB se détériore de 0,5 point, à contre-courant de l’Allemagne (+0,4 point) et de l’Italie (+0,2 point).
Les exportations françaises diminuent de 2,0 % en valeur selon le périmètre européen harmonisé Eurostat, quand elles augmentent en Espagne (+2,2 %), en Italie (+1,3 %) et en Allemagne (+0,6 %). Ce décrochage relatif traduit la dépendance de la France à quelques secteurs cycliques (aéronautique, armement) dont les flux trimestriels peuvent être très volatils.
CONCLUSION
La volatilité des grands contrats aéronautiques et navals continue de rendre difficile la lecture trimestrielle du solde commercial. La dépendance énergétique reste structurelle, même si le solde demeure moins dégradé qu’en 2019 Les exportations vers les États-Unis subissent une pression croissante, notamment sur les produits de luxe et agroalimentaires. L’amélioration du solde intra-UE constitue un signal positif durable depuis 2023.
Source : Direction générale des Douanes et Droits indirects (DGDDI), “Le chiffre du commerce extérieur – 1er trimestre 2026”, ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, et INSEE, Note de conjoncture, 2026.
