– Réflexion d’Yves GARREC, CRSI Occitanie*
* les propos tenus dans cette tribune n’engagent que son auteur.
Ce n’est pas la position du CRSI.
Faut-il envoyer l’armée dans les citées ?
De nombreux maires le demandent, mais est-ce vraiment la solution dans une société de plus en plus violente ?
Voici un rapide historique des moyens et compétences de chacun.
La Police Nationale et la Police Municipale
Armement
- Pistolet 9 mm
- Bombe lacrymogène
- Pistolet à impulsion électrique (Taser)
- Bâton de défense (Tonfa)
- Menottes ou liens en plastique (Rizlan)
- Quelques fusils d’assaut
- Véhicules anciens et non protégés, souvent sous-dimensionnés face aux véhicules et armements des délinquants
- Certaines unités disposent de véhicules lourds (type Centaure, 15 tonnes) peu maniables en milieu urbain
- Engins lanceurs d’eau (26 tonnes) destinés uniquement à la dispersion de foules
Prérogatives
La Police Municipale, bien qu’armée dans certaines villes et descendante des « gardes champêtres », n’a pas l’ensemble des prérogatives de la Police Nationale et sert surtout de soutien lors des interventions. Peu de policiers municipaux ont le statut d’Officier de Police Judiciaire.
La Police Nationale, elle, a pour missions la recherche, l’infiltration, le contrôle, l’arrestation, la saisie et la présentation à la justice. Son principal problème reste le rapport avec une justice qui privilégie souvent le délinquant à la victime, dans le contexte de la réinsertion. Beaucoup d’officiers racontent que des individus arrêtés sont déjà libres avant même la fin du rapport d’intervention.
Lorsqu’un policier utilise son arme, il s’expose à l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) et, souvent, à des poursuites judiciaires. De plus, la hiérarchie ne le soutient pas toujours, par carriérisme ou opportunisme. Les caméras-piéton ont été introduites pour permettre aux policiers de se défendre lors de leurs interventions.
J’ai personnellement connu un policier impliqué dans l’affaire Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois, en 2005, dont l’intervention avait déclenché les émeutes. Bien qu’il n’ait fait que son travail, il a été muté loin de chez lui, ce qui a bouleversé sa famille.
L’armée
Armement
- Poignards de combat et/ou baïonnettes
- Pistolets 9 mm (H&K USP, Glock…)
- Pistolets-mitrailleurs (HK MP5, HK-416…)
- Grenades défensives et offensives (LU 213, LU 216…)
- Équipements de protection tactique (casques, gilets…)
- Mitrailleuses légères et lourdes (FN Evolys, M134 Minigun, Browning M2…)
- Véhicules de combat légers (VLB, VBCI, Serval, VAB…)
- Brouilleurs anti-drones et de fréquences radio (NEROD…)
- Lunettes de vision nocturne
- Armement lourd : chars, lance-grenades, mortiers…
- Capacité de parachutage sur des zones restreintes
Prérogatives
Le militaire a pour objectif principal de neutraliser physiquement un ennemi. Il agit pour sa propre protection et celle de ses camarades. Le militaire n’a pas vocation à reculer : il avance et peut neutraliser l’agresseur, y compris par la force létale si nécessaire.
Deux situations comparées
Intervention policière
La police entre dans une cité pour des interpellations liées au trafic de drogue. Les guetteurs alertent les dealers, qui ont le temps de fuir ou de détruire les preuves. La police est souvent exposée à des projectiles, mortiers d’artifice ou tirs d’armes à feu. Les saisies sont parfois minimes (quelques grammes de drogue, un peu d’argent, quelques armes). Les médias valorisent ces opérations comme des « saisies record » à des fins politiques. La police ne peut utiliser pleinement son armement sans subir de conséquences hiérarchiques ou judiciaires.
Intervention militaire
Dans une situation similaire, l’armée riposterait immédiatement à tout tir ou agression, avec comme objectif la neutralisation de l’ennemi et la protection de ses hommes. Les méthodes incluraient l’usage de grenades, de fusils-mitrailleurs et, si nécessaire, l’engagement au corps à corps. La force et l’efficacité seraient maximales.
Quelle approche adopter ?
Cela nécessite une véritable « virilité politique ». Le préfet, représentant de l’État, doit être le coordinateur des opérations.
Étapes pour sécuriser une cité
- Coupures techniques
- Électricité : plonger la cité dans le noir pour gêner la circulation et les trafics
- Eau : empêcher l’évacuation de drogues ou d’objets dans les réseaux
- Gaz : éviter incendies ou explosions qui ralentiraient l’intervention
- Encerclement militaire
L’armée assure le bouclage complet de la zone. Personne n’entre ni ne sort. - Intervention policière
La police agit alors pour arrêter et saisir, soutenue par l’armée si nécessaire.
Ensuite, c’est aux services judiciaires et financiers de poursuivre les responsables, notamment par la saisie d’avoirs et les expulsions.
* les propos tenus dans cette tribune n’engagent que son auteur.
Ce n’est pas la position du CRSI.
