Pour une politique ambitieuse de la francophonie, de la littérature et de l’école française — à l’international comme sur notre sol
Par Stéphane Aillaud, responsable CRSI Sud-Est
L’urgence n’est pas là où on la cherche
Pendant qu’on discute de festivals du jeu vidéo, l’école française, elle, dégringole dans le classement PISA. Les derniers résultats de cette grande enquête internationale de l’OCDE, publiés ce mardi 8 septembre 2026, sont sans appel : les résultats des élèves français comptent parmi les plus bas jamais mesurés depuis la création de l’étude en 2000. Par rapport à 2022, le score en mathématiques recule de 16 points et celui en compréhension de l’écrit de 18 points — une chute plus forte que dans la plupart des autres pays de l’OCDE — tandis que les sciences résistent à peu près (-4 points). La France tombe désormais au 34ᵉ rang en mathématiques et au 28ᵉ rang en compréhension de l’écrit. La part des élèves très performants en maths s’est effondrée, passant de 11 % en 2015 à seulement 5 % en 2025, tandis que 36 % des élèves sont désormais en difficulté dans cette matière.
Voilà le vrai chantier. Voilà l’urgence nationale. Avant de financer des vitrines, il serait peut-être temps de retisser ce qui fait la force et le rayonnement de la France depuis des siècles : sa langue, sa littérature, son école.
PISA 2025 (résultats publiés le 8 septembre 2026) — le point bas historique
- -16 pts en mathématiques depuis 2022
- -18 pts : en compréhension de l’écrit depuis 2022
- 34ᵉ rang mondial en mathématiques
- 5 % d’élèves très performants en maths (11 % en 2015)
À rebours de ce constat, certains prônent une forme de résignation, voire d’effacement : la langue française serait dépassée, has-been, presque un fardeau du passé, et il faudrait s’en détacher au profit d’une langue et d’une culture supposément plus modernes ou plus « pratiques ». C’est une erreur de diagnostic, et un contresens historique. Loin d’être une langue en sursis, le français est une langue vivante, en pleine expansion démographique, et un instrument d’influence dont peu de pays disposent. Le vrai sujet n’est donc pas de l’abandonner, mais de cesser de la négliger chez nous alors qu’elle prospère ailleurs.
- Pendant que notre système éducatif s’affaisse chez nous, une autre France existe, ailleurs, et elle rayonne.
Le français, une langue vivante et en expansion
Le français n’est pas une langue en déclin : c’est aujourd’hui la quatrième langue la plus parlée au monde, avec près de 396 millions de locuteurs recensés en 2025 par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) — contre 321 millions seulement en 2022. Cette croissance spectaculaire est portée avant tout par l’Afrique, où la démographie et la scolarisation dessinent l’avenir du français pour les décennies à venir.
Autour de cette langue commune s’est structurée une véritable communauté politique : l’OIF réunit aujourd’hui près d’une centaine d’États et de gouvernements membres ou observateurs, sur les cinq continents. C’est un espace de coopération, de culture et d’influence que peu de langues peuvent revendiquer.
- 396 M francophones dans le monde (2025)
- 4ᵉ langue la plus parlée au monde
- ~100 États et gouvernements membres ou observateurs de l’OIF
Une présence diplomatique et éducative sans équivalent
Ce rayonnement s’appuie sur un outil que le monde entier nous envie : le réseau diplomatique et scolaire français. La France dispose d’environ 160 ambassades bilatérales, ce qui en fait le troisième réseau diplomatique au monde, juste derrière la Chine et les États-Unis — devant le Japon, le Royaume-Uni ou l’Allemagne.
Adossé à ce réseau, l’enseignement français à l’étranger constitue l’un des plus beaux instruments d’influence de notre pays. À la rentrée 2025, ce sont 612 établissements — lycées, collèges, écoles — répartis dans près de 140 pays, qui scolarisent plus de 400 000 élèves, dont environ un tiers de Français et deux tiers d’élèves étrangers, souvent parmi les élites locales de demain. C’est un réseau unique au monde, considéré par le président de la République lui-même comme un « trésor national ».
- 3ᵉ réseau diplomatique mondial (~160 établissements français homologués à élèves scolarisés dans 140 pays ambassades)
- 612 établissements français homologués à l’étranger
- 400 000 élèves scolarisés dans 140 pays
Une contradiction qu’il faut regarder en face
Voilà le paradoxe insupportable : à l’étranger, l’école française séduit, forme des générations d’élites francophiles et francophones, obtient d’excellents résultats au baccalauréat. Chez nous, sur le sol national, le même modèle scolaire recule dans les classements internationaux. La France excelle à exporter son école — mais peine à la faire prospérer sur son propre territoire.
Il est temps d’inverser la logique : au lieu de laisser le meilleur de l’école française rayonner uniquement au dehors, il faut le rapatrier, s’en inspirer, et le remettre au service de nos propres élèves. Cela suppose de :
- Réinvestir massivement dans l’enseignement du français et des humanités, de l’école primaire au lycée, en s’appuyant sur ce qui fonctionne dans le réseau AEFE ;
- Revaloriser la littérature française dans les programmes scolaires, comme patrimoine vivant et non comme simple héritage ;
- Soutenir le métier d’enseignant : selon PISA 2025, près d’un élève français sur deux (45 %) est scolarisé dans un établissement où le chef d’établissement signale un manque perçu d’enseignants, contre 39 % en moyenne dans l’OCDE ;
- Faire de la Francophonie un levier stratégique, économique et culturel, plutôt qu’un folklore commémoratif célébré une semaine par an ;
- Réorienter les priorités budgétaires vers l’école, la langue et la culture plutôt que vers des opérations de communication sans lendemain.
Conclusion
La France a un atout que très peu de nations possèdent : une langue parlée par près de 400 millions de personnes, un réseau diplomatique parmi les tout premiers au monde, une école qui rayonne sur cinq continents. Ce capital est immense — mais il ne survivra pas si la maison mère elle-même s’effondre de l’intérieur. Remettre le français, sa littérature et son école au cœur des priorités nationales n’est pas une nostalgie : c’est une condition de notre influence future.
