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– Tribune par Raphael Piastra, Maitre de Conférences en droit public des Universités.

« Ça s’appelle l’ensauvagement », assurait Gérald Darmanin lundi 20 novembre 2023 à propos de la rixe survenue dans le village de Crépol (Drôme), qui a coûté la vie à Thomas un adolescent de 16 ans.

Que n’a-t-il pas entendu. Notamment les bonnes consciences de gauche voire du centre et même d’autres membres du gouivernement qui, telles un chœur de vierges, crièrent à la stigmatisation de jeunes (ndlr : les suspects) qui, au fond, étaient victimes de leur tempérament voire de leurs horribles conditions sociales. Il se trouve qu’en juillet 2020, le locataire de la place Beauvau avait déjà fait appel à ce même concept, cette fois au sujet de la multiplication d’affaires d’agressions pendant la période estivale. Là encore ce fut la montée au créneau des droits de l’hommistes en tous genres. Le terme ensauvagement est construit autour du vocable sauvage. Ce dernier a aussi donné sauvageon qui fut employé par JP Chevènement, alors à Beauvau, en 1999 à l’encontre des délinquants des banlieues. Il faut préciser que dans les années 2000 le FN usa aussi du terme sauvage pour décrire les délinquants (principalement issus de l’immigration selon lui).

Définitions

Sauvage.
Selon Le Robert cela signifie qui vit en liberté dans la nature. Bien sûr cela s’applique d’abord aux animaux. Rappelons que d’après Aristote à l’origine on parlait de l’homme comme un animal pensant ou politique. L’homme de Cro Magnon pensait aussi bien qu’ayant tout de même encore les attributs essentiels de l’animal notamment des pratiques assez sauvages.

Ensauvagement.
Le terme est dérivé du mot ensauvagir (XIe siècle) qui a donné le verbe ensauvager, « rendre sauvage » et l’emploi pronominal s’ensauvager, « devenir sauvage ». Bien sûr on retrouve ce mot pour qualifier aussi, au XIXe, certains comportements des tribus indiennes d’Amérique du Nord devant faire face, il est vrai, à des envahisseurs. Dans les années 50 c’est le Discours sur le colonialisme de l’écrivain et poète Aimé Césaire, qui l’utilise pour désigner la violence instillée au sein des colonies par les envahisseurs européens, rappelle Le Monde :
« Il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent », écrit-il.

Ensauvagement est donc l’action de rendre sauvage, féroce. L’expression se répand ensuite en 2013 avec le livre La France Orange mécanique (2013) signé par l’ancien journaliste Laurent Obertone et inspiré d’un terrible film de Stanley Kubrick (1971). Obertone développe une thèse similaire à celle de Thérèse Delpech (L’Ensauvagement. Le retour de la barbarie au XXIe siècle, 2005) mais avec un prisme français et une cible particulière : l’immigration massive. Selon l’essayiste, elle serait la cause d’une aggravation de la violence au sein de la société française depuis les années 2000.

Nous ne nous situerons pas du tout ici sur le terrain colonialiste ou immigrationniste. Les sauvages sont de toutes origines. Il y a depuis quelques années et notamment depuis les mandats Macron, une nette montée de la violence toutes origines confondues (cf derniers chiffres 2025 sur l’insécurité ceux, plus réels, d’Alain Bauer). Elle est particulièrement notable et inquiétante, chez les mineurs.

 

Les derniers exemples d’actualité

  • Prenons d’abord le cas de ce jeune de 14 ans à peine qui a poignardé très gravement sa professeure d’art plastique. Tout concorde pour un acte prémédité. Selon le procureur de Toulon, l’adolescent avait effectué des recherches sur internet pour savoir les risques qu’il encourait en cas de passage à l’acte et a reconnu qu’il avait déjà pensé à « poignarder sa professeure auparavant ». L’adolescent a par ailleurs déclaré « qu’il voulait se venger car il craignait d’être exclu », après que l’enseignante a signalé cinq incidents depuis le début de l’année le concernant. On sait aussi que le matin même il avait menacé une autre professeure et il était déjà venu avec un couteau quelques jours avant. Il est incontestable que ce passage à un acte pensé, prémédité, potentiellement mortel, est un signe de sauvagerie. Rappelons que l’enseignante a été poignardée à quatre reprises : trois fois « au niveau de l’abdomen » et une fois « au niveau de l’avant-bras gauche ». Dans ce dernier cas on note qu’elle s’est défendu face à un sauvage. C’était un couteau de type Opinel de 12 cm. Il y a indéniablement une volonté de faire mal voire de tuer. On a déjà commencé à trouver des circonstances à cet apprenti assassin. Les mêmes que d’habitude : milieu social défavorisé, isolement, signalements, ASE saisie,…. Il n’en demeure pas moins que cette professeure est toujours entre la vie et la mort car elle a fait son métier. Punir ça en fait aussi partie. Mais comme une très grande majorité des jeunes adolescents sont réfractaires à la frustration, ils sont capables de devenir des sauvages…. Comme ils sont aussi pour la plupart en addiction aux réseaux en tous genres où la violence règne. Et on peut rajouter que comme ils sont souvent aussi dépendants d’autres produits (drogues, alcool). Dès lors on a ce type de drame.
  • Autre exemple cet enfant de sept ans qui a menacé avec un couteau le directeur d’une école à Pau « pour qu’il arrête de le gronder ». Vous lisez bien, 7 ans ! Il aurait trouvé l’objet dans la salle des professeurs. Le procureur de Pau a précisé : « le directeur était avisé par l’un des enseignants que l’élève avait quitté sa salle de classe. Le directeur retrouvait l’enfant et, souhaitant avoir une discussion avec lui, le conduisait dans la salle des maîtres de l’établissement, espace faisant également office de cuisine. Rapidement, le mineur insultait le directeur, de sorte qu’aucun échange ne pouvait avoir lieu ». Là encore frustration (due souvent à une mauvaise éducation) lorsque le directeur a pris son téléphone pour appeler un responsable légal de l’enfant que ce dernier s’est saisi « d’un couteau qui était en train de sécher et le pointait en direction de l’adulte qui quittait immédiatement la salle pour avertir les forces de l’ordre ». A 7 ans c’est le portrait type du sauvageon c’est-à-dire l’apprenti sauvage. Le directeur a également déposé plainte pour ces faits « en indiquant que cette démarche était destinée, non pas à faire sanctionner pénalement l’élève au regard de son jeune âge, mais plutôt à favoriser une prise de conscience destinée à aider l’enfant ». Ce sera purement symbolique car le droit pénal français estime qu’un mineur de moins de 13 ans qui commet une infraction n’est pas capable, en principe, de mesurer la portée de son acte. Il s’agit d’une présomption de non-discernement afin de protéger les plus jeunes. Il apparait pourtant que certains savent ce qu’ils font. Il faudra un jour revenir sur cette excuse de minorité, héritée de l’ordonnance de 1945, face à ce que sont devenus les mineurs délinquants depuis quelques décennies.
  • Le troisième et dernier exemple se situe à Lyon. Suite à un vol aggravé dont a été victime un jeune homme de 17 ans, le 21 novembre dans le 7e arrondissement de Lyon, que les enquêteurs ont remonté la piste d’adolescents. Ceux-ci seraient impliqués dans 14 faits, dont des vols avec violence et vols avec arme, entre la mi-octobre 2025 et le 31 janvier 2026. C’est ça aussi de l’ensauvagement de jeunes qui, au surplus, terrorisaient leur quartier. La vidéo de la dernière agression, qui avait visé un jeune de 17 ans dans le 7e arrondissement de Lyon, avait été diffusée dans les médias et les réseaux sociaux. Elle est particulièrement violente. Notamment on frappe un homme à terre. Point d’orgue de la lâcheté. Car ces jeunes agissent souvent en meute et, tels des loups sur leur proie, ils se déchainent sauvagement. Et même si la mort s’en suit, peu importe le plus souvent. Interpelés et placés en garde à vue, ils seront poursuivis devant le tribunal pour enfants pour vols aggravés et violences en réunion. Mais, car il y a un mais, étant donné leur âge (moins de 16 ans) le parquet de Lyon a requis leur placement sous contrôle judiciaire. Ce qui signifie clairement qu’ils ont donc été remis en liberté et devront « pointer » quotidiennement au commissariat. Inutile de préciser que, comme le notent quotidiennement les policiers, ces gamins sont revenus dans leur quartier en héros. Bien souvent ils narguent aussi les policiers (qui les ont arrâtés le plus souvent). Avec un peu de « chance » ils seront jugés dans un an.

« Celui qui n’a pas subi les sévérités d’un maître subira les sévérités de la vie.»
– Mocharrafoddin Saadi, poète persan

Pour conclure, il va falloir changer de modèle en matière de mineurs délinquants. Devant la gravité de certains faits, l’éducation et l’accompagnement (chers à l’Ordonnance de 1945), vont devoir céder la place à des mesures fortes de coercition. Ainsi ne peut-on pas imaginer de placer ces délinquants, dès le premier méfait avec violence, sous l’autorité d’une caserne militaire ? C’est ce que Mme Royal appelait en 2007 « l’encadrement militaire de la jeunesse ». Il est certain que les codes et les règles qui y règnent seraient un gage de rééducation citoyenne. On pense même que pour certains cas récidivistes un stage dans un régiment de la Légion serait bénéfique. A partir de 13 ans ce devrait être possible. Cet encadrement, strict par définition, temporaire, et réservé aux cas les plus difficiles, devrait se produire le plus vite possible dans l’élan du fait délictuel. Une façon de dire stop. Ce qui n’empêcherait pas d’aller ensuite devant un juge. Quant au moins de 13 ans il faut avant tout et de suite mettre en cause les parents. Soit en les aidant dans leur mission. Soit en les sanctionnant financièrement (alloc, ……). Et bien sûr donner à l’école les moyens de mieux faire face et de sanctionner également. Or on sait que dans certains établissements (collèges et lycées) des professeurs sont menacés quand ils notent « mal ». Donc certains hésitent à le faire…..