Skip to main content

Impulsé de manière plus importante sous le ministère de Bruno Retailleau, le gouvernement français cherche à renforcer le contrôle des flux migratoires, notamment des étrangers en situation irrégulière.

S’inscrivant dans cette continuité, le nouveau ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a ainsi déclaré poursuivre la politique de son prédécesseur à la place Beauvau. En effet, la France doit faire face à des flux importants d’immigration. En 2025, selon les récentes données du ministère, près de 384 000 premiers titres de séjour ont été délivrés – un chiffre en hausse de 11 % par rapport à 2024 – portant le nombre d’étrangers sur le sol français à plus de 6 millions d’individus (Insee, 2024). A cet égard, selon le ministre de l’Intérieur, 700 000 individus seraient actuellement en situation irrégulière. En parallèle des enjeux d’accueil qui en découlent, la France doit également faire face à une montée de la délinquance. En 2024, on a relevé 449 880 violences physiques, 528 800 destructions et dégradations volontaires, 122 400 violences sexuelles et 52 300 personnes mises en cause pour trafic de stupéfiants. Pour répondre à tous ces défis, le rôle des préfets apparaît d’autant plus crucial qu’auparavant.

  • Un témoignage singulier du préfet de Gironde

Dans ce contexte, lors de ses vœux présentés à la presse ce 23 janvier, le préfet de Gironde, Etienne Guyot, a dévoilé son bilan de l’année 2025 concernant les chiffres de l’insécurité sur son territoire, évoquant particulièrement l’immigration. D’après le haut fonctionnaire, plus de mille personnes se sont vu notifier une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Se félicitant d’avoir éloigné « 30 % d’étrangers en plus » par rapport à 2024, il a expliqué la nécessité d’une telle politique, ces profils « tombant parfois dans la délinquance ». Il a en effet ajouté que « 49 % des auteurs de délinquance sur la voie publique sont des étrangers ». 

Il n’est pas le premier à établir un tel lien, puisque des rapports publiés en 2024 indiquaient que les étrangers représentaient environ 48 % des personnes mises en cause pour vols ou violences commis dans les transports en commun en France et 80 % des vols sans violence (rapport SSMI, 2025). De plus, si le préfet met en exergue ce chiffre très significatif, il convient de rappeler qu’au 1er décembre 2025, les étrangers représentaient 23,45 % des détenus en prison et 26,89 % des prévenus, alors qu’ils constituent un peu plus de 7 % de la population sur le territoire (ministère de la Justice).

  • Une exécution insuffisante des OQTF

Plus largement, cette intervention témoigne également de l’enjeu général de l’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF). En 2024, environ 130 000 ont été prononcées, avec un taux d’exécution d’environ un pour dix (Assemblée Nationale, juin 2025). Ce chiffre trop faible reflète plus largement les difficultés — juridiques ou géopolitiques — rencontrées par les autorités françaises pour mettre en œuvre ces actes administratifs et contrôler de manière plus efficace les étrangers, en particulier les plus dangereux. Notons qu’à cet égard, la préfecture de Gironde constitue un exemple à suivre à l’échelle nationale, compte tenu des chiffres évoqués précédemment. En effet, deux tiers des personnes éloignées du territoire français ont bénéficié du dispositif d’aide au retour volontaire, qui permet à une personne étrangère de quitter le territoire français de manière volontaire, avec un accompagnement financier et administratif pour faciliter son retour dans son pays d’origine.

  • Une mise sous contrôle difficile des détenus dans les Centres de Rétention Administrative

Enfin, ce discours intervient après le tragique acte de vandalisme commis à Mérignac sur un chantier de rénovation du centre de rétention administrative, où sont maintenues temporairement les personnes étrangères faisant l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire français (OQTF ou décision de reconduite à la frontière), dans l’attente de leur expulsion ou de leur départ volontaire. Les difficultés d’accueil des étrangers se ressentent particulièrement dans ces établissements. En effet, au 1er avril 2025, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté dénombrait 82 921 personnes détenues pour seulement 62 358 places. Au-delà de la surpopulation, le nombre d’agents de forces de sécurité intérieure y est insuffisant et de nombreux postes restent vacants. En effet, selon un rapport du Sénat publié cette année, on dénombre 2 850 agents dédiés à la gestion des 27 CRA sur le territoire français, soit 1 agent pour 29 détenus. Des chiffres qui entraînent des difficultés quant à la surveillance de ces détenus, leur contrôle et la possibilité d’y détenir davantage d’individus, pour les préfets. 

 

Au regard de tous ces enjeux, l’intervention du préfet de Gironde témoigne du contexte plus large d’une hausse significative des difficultés rencontrées par l’Etat français malgré les volontés gouvernementales de contrôler les flux migratoires et de lutter contre la délinquance. En effet, face à des flux migratoires importants, l’Etat a du mal à exécuter de manière significative les OQTF mais également à contrôler les individus représentant des risques à l’ordre public, au sein des CRA. Des difficultés qui ont ensuite des conséquences sur la lutte plus générale contre la délinquance.